USA : Les fuites ne proviennent pas de « hackers russes »

Par Craig Murray, ex-ambassadeur britannique, historien, écrivain, activiste des droits de l’homme et collaborateur de Julian Assange.

Cet article est paru sur le blog de l’auteur sous le titre The CIA’s Absence of Conviction


J’ai observé avec incrédulité les mensonges de la CIA enfler, enfler et envahir les médias – des mensonges flagrants parce que le CIA n’a fait aucun effort pour prouver ses assertions. Il n’y a aucune interférence russe dans les fuites d’emails qui montrent la corruption du camp Clinton. Malgré tout, ces idioties ont fait les gros titres du Washington Post aux USA et du Guardian au Royaume-Uni. J’imagine que depuis, les ondes américaines ont emboîté le pas à la presse.

Un peu de logique suffit pourtant à démolir les affirmations de la CIA. La CIA proclame qu’elle sait « qui est impliqué ». Pourtant, aux USA sous Obama, les persécutions de lanceurs d’alerte ont été impitoyables, et les extraditions de hackers se sont maintenues à un rythme soutenu. Nous sommes censés croire que dans le contexte d’un danger vital, la tentative supposée de déstabiliser tout un pays provenant d’une puissance étrangère, et bien que la CIA sache qui sont les individus en cause, personne n’est arrêté ou extradé, ou (si les coupables se trouvent en Russie), soumis à encore plus de sanctions ou autres restrictions. De toute évidence, cette histoire sent mauvais. Les affirmations issues d’une source anonyme selon lesquelles « Nous savons qui c’était, c’étaient les Russes » sont au-dessous de tout.

Comme Julian Assange l’a clarifié, les fuites ne proviennent pas de Russie ou de Russes. Comme je l’ai expliqué à de nombreuses reprises, ce ne sont pas des hacks de données, mais de simples fuites. Des fuites venues de l’intérieur. Il y a une différence majeure entre les deux. Et il devrait être dit, redit et répété que si Hillary Clinton ne s’était pas entendue avec le Parti démocrate pour désavantager Bernie Sanders, que si Hillary Clinton n’avait pas reçu à l’avance les questions des débats qui allaient l’opposer à Bernie, si elle n’avait pas accepté de donations massives à la Fondation Clinton et à des membres de sa famille en retour de passe-droits accordés à des puissances étrangères, si elle s’était distancée de quelques personnages particulièrement louches de son entourage, rien de tout cela ne se serait produit.

La persistance des médias mainstream à clamer que les fuites ont fait perdre les élections à Clinton à cause des « Russes », tout en refusant de s’intéresser aux contenus des mails fuités, est proprement kafkaïenne.

Un journaliste du Guardian m’a appelé cet après-midi. Le résultat miraculeux en a été que pendant trois brève heures, un article était accessible sur la page d’accueil du Guardian. On y trouvait la vérité sur le buzz de la CIA.

« Le Kremlin a rejeté les accusations de hacking, alors que le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, avait déjà expliqué que les fuites du Parti démocrate n’était pas liées à la Russie. Un autre haut fonctionnaire cité par le Washington Post a admis que les services de renseignement n’avaient aucune preuve formelle de l’implication du Kremlin ou de hackers russes.

Craig Murray, ancien ambassadeur de la Grande-Bretagne en Ouzbékistan et proche collaborateur d’Assange, a qualifié les affirmations de la CIA de « fadaises », ajoutant « ils ont tout inventé. Je sais qui est responsable des fuites, et ce ne sont pas des Russes. Ce sont des fuites, et non des hacks – la différence est importante – venues de l’intérieur. Si ce que raconte la CIA est vrai, et si ses affirmations se réfèrent bien à des gens liés à la Russie, elle devrait avoir procédé à des arrestations, si les coupables sont basés aux USA. L’Amérique n’a pas été timide quant aux arrestations de lanceurs d’alerte et aux extraditions de hackers. La vérité est qu’elle ne sait rien du tout. »

Cela n’a duré que trois heures. L’article n’a pas été supprimé, mais le lien de la page d’accueil s’est évaporé et a été remplacé par un article qui recycle les fadaises de la CIA et affirme – incroyablement – que la CIA pense que le FBI fait de l’obstruction sur les hackers russes. Il est à présumer que cette théorie totalement échevelée selon laquelle Poutine, sait-on par quel moyen, contrôlerait désormais le FBI, est calibrée pour répondre à mon objection précédente : si la CIA savait quelque chose, elle aurait requis des arrestations. Ce serait bien sûr le travail du FBI, que ceux qui désespèrent d’arriver à annuler l’élection de Trump voudraient aujourd’hui faire passer pour le KGB. [1]

Il est effarant de constater que la première courroie de transmission de ces inepties paranoïaques est un journal qui a compté parmi les meilleurs, le Washington Post, qui loin d’enquêter sur les abus de pouvoir du gouvernement comme il le faisait auparavant, se cantonne désormais à jouer les chambres d’écho de ce même gouvernement, jusqu’à publier des affirmations totalement farfelues sans se donner la peine de chercher à les étayer par la moindre preuve.

Au Royaume-Uni, un article du Guardian résume à lui tout seul l’abandon de toutes les normes du journalisme. Le journaliste y écrit « Très peu de sources crédibles doutent de l’implication de la Russie dans le piratage des mails du Parti démocrate, dont la publication par Julian Assange a été planifiée pour causer un maximum de dégâts dans le camp Clinton et apporter un maximum de soutien au camp Trump. » Où sont les preuves de ses affirmations ? Il n’y en aucune. Rien. Qu’entend un journaliste par « source crédible » ? Pour évaluer la crédibilité d’une information, n’importe quel journaliste digne de ce nom pense d’abord à l’accès. Est-ce qu’il a accès à la source de l’information qu’il prétend détenir ?

Julian Assange et moi avons affirmé haut et clair que les fuites ne proviennent pas de Russie. Pouvons-nous étayer notre information par un accès suffisant à nos sources ? Oui, de toute évidence. Très, très peu de gens peuvent prétendre avoir accès aux sources de ces fuites. Or, les gens qui affirment que ce n’est pas la Russie sont également les seuls à avoir accès aux vraies sources des fuites. Après l’accès, vous devez prendre en compte la véracité. Est-ce que Julian Assange a la réputation de quelqu’un qui dit la vérité ? En dix ans, pas un seul des dizaines de milliers de documents fuités par Wikileaks ne s’est avéré un faux. En ce qui me concerne, j’ai la fâcheuse réputation de dire trop de vérités qui dérangent.

Comparez cela aux « sources crédibles » du journaliste du Guardian. Quel accès ont-elles au lanceur d’alerte ? Zéro. Elles n’ont pas la plus faible idée de son identité. Sinon, elles l’auraient mis sous des verrous. Quel réputation ont-elles sur le plan de la véracité ? C’est le gang Clinton et le gouvernement des États-Unis. Est-il besoin de commenter plus avant ?

De fait, les sources qu’un journaliste sérieux considérerait comme « crédibles » donnent la réponse inverse de celle que souhaite notre plume du Guardian. Mais dans ce qui passe pour un esprit chez lui, « crédible » est à 100% synonyme de « provenant de l’Establishment ». Quand il parle de « sources crédibles », il veut dire « sources gouvernementales ou accréditées par le gouvernement des USA ». C’est la vérité du buzz médiatique sur les « fausses informations ». Vous ne devez rien lire qui ne soit pas officiellement approuvé par les élites et leurs répugnants laquais, les sténographes du calibre de ce journaliste.

Le pire de tout ceci est que le but en est de pousser au conflit avec la Russie. Ce qui nous met tous en danger au nom de profits pour les marchands d’armes et les industries liées à la sécurité – y compris, bien sûr, des augmentations de budget pour la CIA. Alors que les quatre ans de martyre d’Alep touchent enfin heureusement à leur fin, les Saoudiens et les Qataris renvoient leurs terroristes de Daech à la reconquête de Palmyre.
Ce jeu tue des gens sur une échelle de masse, et perdure encore et encore.

Traduction Entelekheia

[1] Ndt : Pour être juste, cette affaire « d’obstruction » est un peu plus qu’une simple hallucination paranoïaque de la CIA sur une supposée emprise occulte d’un Poutine omnipotent sur le FBI. De fait, le FBI a refusé tout net d’avaliser les élucubrations de la CIA sur des « hackers russes », ce qui avec beaucoup d’imagination, pourrait être qualifié « d’obstruction ». Selon le Washington Post cité par Zerohedge, le conflit entre la CIA et le FBI tiendrait à une « différence culturelle ». Fidèle à ses racines policières, le FBI demande des faits avérés et des preuves assez solides pour être, au minimum, recevables par une cour de justice. La CIA peut se contenter de « tirer des conclusions à partir d’observations » (Ndt, ou de la direction du vent) et ne sent pas tenue de prouver ce que ses intuitions lui dictent.
Autrement dit, la CIA n’a rien.

Lien en anglais, FBI Disputes CIA’s « Fuzzy And Ambiguous » Claims That Russia Sought To Influence Presidential Election
http://www.zerohedge.com/news/2016-12-12/fbi-disputes-cias-fuzzy-and-ambiguous-claims-russia-sought-influence-presidential-el

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