USA : Sale temps pour les pédophiles

Qu’ils soient justifiés ou non, les soupçons qui pèsent sur John Podesta à la suite des fuites d’e-mails de Wikileaks, ajoutés à l’approbation publique du documentaire de dénonciation d’abus sexuels d’enfants-acteurs à Hollywood An Open Secret et dernièrement, à la chute inattendue et fracassante du chouchou de l’extrême droite américaine Milo Yiannopoulos soulignent l’exaspération croissante de la population générale des USA face à la pédophilie.

Toutefois, comme en politique, un retour de flammes social ne se déclenche qu’à la fin d’un processus de dégradation parfois long. Celui-ci ne fait pas exception.

Retour sur quelques dates-clés.

1999 – L’APA tente de banaliser la pédophilie

En 1999, sous la pression d’un groupe de psychologues pédophiles militants, l’APA (Association psychologique américaine) publie une étude faussaire selon laquelle « le sexe entre très jeunes adolescents et adultes ne cause généralement pas de dommages ». La réaction ne se fait pas attendre : une animatrice de radio conservatrice, Laura Schlessinger, dénonce publiquement la propagande pédophile des psychologues de l’APA et déchaîne un ouragan médiatique.

L’APA entame une marche arrière prudente, mais c’est trop peu, trop tard : le Congrès des USA s’est déjà emparé de l’affaire et vote une résolution pour rejeter les conclusions de l’étude au niveau national. Le 12 juillet 1999, la Chambre des représentants adopte la résolution à l’unanimité. Le 30, un Sénat également unanime la ratifie.

Mais la caution scientifique, si biaisée ait-elle été, a fait son oeuvre. L’opposition du Congrès est considérée comme une manoeuvre purement politicienne et électoraliste et quoi qu’il en dise, la pédophilie a le vent en poupe. Certains médias progressistes, qui la prônent depuis les années 60, redoublent leurs efforts de promotion et lancent la mode « pédo-chic » de ces dernières années. Nous verrons plus bas, aux sections sur l’ACORN et Hollywood, où elle mènera le pays.

2004 – Le cas John/Joan connaît une issue tragique

Né en 1965, Bruce Reimer subit à huit mois une circoncision ratée qui lui brûle le pénis à 80%. Un sexologue apparemment bien intentionné de l’hôpital Johns Hopkins de Baltimore, le Dr John Money, propose de castrer l’enfant et de l’élever en fille. Au cours de son adolescence, Bruce, qui s’appelle désormais Brenda et n’a jamais rien su de ses quelques mois de prime enfance en tant que garçon, se sent tellement mal dans sa peau de fille « qu’elle » en nourrit des idées suicidaires et pose des questions répétées. A tel point que ses parent finissent par lui confesser la vérité.

Or, pendant les années d’enfance de « Brenda », Money a menti de façon répétée à la communauté scientifique : dans chacun des rapports où il change les noms Bruce en « John » et Brenda en « Joan », il claironne la réussite triomphale de son expérience. Brenda-Joan, dont il évalue les progrès de façon suivie, serait selon ses dires une « fillette épanouie », « adorant ses robes  et ses poupées», « spontanément intéressée par les tâches ménagères » et « contrairement à son frère jumeau, très soucieuse de son apparence ».

Malheureusement pour la fausse fillette, rien n’est plus éloigné de la réalité. Le cas est un ratage catastrophique. En 1997, un journaliste de Rolling Stone, John Colapinto, rencontre « Brenda », qui entre-temps a subi une opération pour redevenir un homme aussi complet que possible et adopté un nouveau nom, David Reimer – ni Bruce l’enfant sans pénis, ni Brenda la fillette imaginaire, mais un nouvel homme né, comme As Nature Made Him, le titre du livre de Colapinto qui s’ensuivra le suggère, de la nature elle-même. Ce que Bruce-David lui raconte est encore pire que prévu.

Non seulement le jeune homme, qui souffre de dépression, accuse Money de charlatanisme et d’escroquerie scientifique mais de plus, il dénonce les abus sexuels que son frère et lui auraient subis, dès l’âge de sept ans, de la part du sexologue. Une accusation d’autant plus crédible que, dans un article de 1980, Money avait exposé son approbation de l’inceste et de la pédophilie au magazine Time, que plus tard, il avait réitéré sa position dans une interview donnée à une publication pro-pédophile et qu’en 1987, il avait préfacé le livre d’un « psychologue » hollandais défenseur de la pédophilie.

En 2004, deux ans après le suicide de son frère, David Reimer s’ôte la vie à son tour.

2009 – ACORN et la traite d’enfants

Depuis 1970 jusqu’à sa chute, l’organisation communautaire ACORN (Association of Community Organizations for Reform Now), étendue au fil des années à 500 000 membres répartis sur 1200 antennes dans 100 villes des USA, dispensait des conseils en matière d’accès au logement et de droits juridiques à des ménages en difficulté financière. En juillet 2009, l’association avait officiellement perçu plus de 53 millions de dollars en aides fédérales directes au cours de son existence. Sur la seule année 2008, la branche dédiée au logement de l’ACORN avait reçu 10 millions de dollars d’argent du contribuable.

Toutefois, dès la fin des années 90, en 2000 et 2004, plusieurs scandales, principalement des suspicions de corruption et d’organisation de fraudes électorales au bénéfice du Parti démocrate, avaient attiré l’attention de ce qu’il est convenu d’appeler des « lanceurs d’alerte ». Dont James O’Keefe, le jeune fondateur-président d’un projet proche de l’esprit de Wikileaks, Veritas.

Au cours de l’été 2009, O’Keefe et une comparse de vingt ans, Hannah Giles, se présentent dans divers bureaux de l’ACORN à Baltimore, Washington DC, New York, San Bernardino, San Diego, Los Angeles et Philadelphie sous l’identité d’un proxénète et d’une prostituée cherchant à ouvrir une maison de tolérance. (La prostitution est illégale aux USA). Ils sont équipés d’une caméra cachée.

Non seulement les bureaux, l’un après l’autre, leur proposent de les aider et de couvrir leurs activités illégales, mais de plus, trois des bureaux leur prodiguent des conseils amicaux sur les moyens de ne pas attirer l’attention de la police sur les douze mineures « vraiment très jeunes » en provenance du Salvador qu’O’Keefe et son acolyte prétendent vouloir faire entrer aux USA pour les prostituer. Deux employés, l’un à San Diego et l’autre à Los Angeles surclassent les autres, le premier en offrant l’aide d’un réseau de Tijuana, au Mexique, pour faire entrer aux USA la cargaison de douze mineures qui, selon ce que lui raconte O’Keefe, est « bloquée à la frontière » et la deuxième, en proposant ses services pour aider le couple de faux trafiquants d’esclaves sexuelles à développer son trafic à l’international, à quoi elle ajoutera, apparemment pour justifier sa proposition, « qu’il est très facile de trafiquer des humains, surtout en Californie », que « nombre le font » et qu’elle « travaille souvent dans ce sens avec un célèbre producteur de porno ».

Sur tous les employés de l’ACORN rencontrés par O’Keefe et Giles dans leurs différents bureaux, un seul leur refusera son aide.

A la fin de l’été 2009, les vidéos sont mises en ligne sur le site de Project Veritas. Ensuite, tout s’enchaîne très vite : les divers organismes liés à l’ACORN l’abandonnent un à un, le gouvernement et le fisc ouvrent des enquêtes et en septembre, le Congrès vote la fin des subsides de l’organisation et son démantèlement.

Même si l’ACORN cesse d’exister, la réalité de trafics d’enfants à des fins d’esclavage sexuel aux USA est établie auprès du grand public.

2013 – Retour de la science faussaire

En 2013, l’APA (cette fois, il s’agit de l’American Psychiatric Association, soit les psychiatres et non plus les psychologues. Les deux institutions partagent le même acronyme) tente de discrètement sortir la pédophilie de la liste des troubles mentaux et de la reclasser comme simple « orientation sexuelle » dans le DSM-5, le manuel censé servir d’outil de diagnostic aux psychiatres du pays (et dans une moindre mesure, de toute la zone atlantique, UE comprise) ainsi qu’à la police et aux instances légales. Internet s’en émeut, les médias conservateurs demandent des explications, l’APA fait machine arrière et annonce des corrections dans l’édition électronique et les éditions papier suivantes du DSM-5 : la pédophilie réintègre sa place de perversion sexuelle (le manuel emploie le terme plus politiquement correct « paraphilie ») et de trouble mental.

2015 – Hollywood et le secret de polichinelle

En 2015 sort An Open Secret (Un secret de Polichinelle), un documentaire de la réalisatrice détentrice d’un Oscar Amy Berg. Le film, unanimement salué par la critique et le public, décrit les cercles pédophiles de Hollywood et l’exploitation sexuelle dont les enfants-acteurs sont souvent victimes. Dans le sillage du film, les noms s’accumulent et des bouches de victimes ou de témoins parfois célèbres s’ouvrent. Les semaines, les mois ont beau s’écouler, la polémique ne s’éteindra plus.

2016 – L’affaire des e-mails de Podesta dite « Pizzagate »

A la lecture des mails fuités par Wikileaks du directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, un nombre impressionnant d’internautes ont conclu à l’existence d’un réseau pédophile aux plus hauts niveaux du Parti démocrate. Qu’ils aient vu juste ou non, difficile de le dire au vu des éléments – dont certains troublants et d’autres farfelus – collectés, mis en ligne et discutés sur divers sites participatifs. Quoi qu’il en soit, le ton est donné : qu’on remise le « pédo-chic » sur papier glacé de ces dernières années. La pédophilie n’est plus dans le vent. Plus du tout.

2017 – Les mots de trop de Yiannopoulos, la fin d’une époque ?

Milo Yiannopoulos est à lui tout seul une controverse vivante : à la fois juif revendiqué, homosexuel flamboyant arguant d’une préférence marquée pour les partenaires sexuels noirs et provocateur d’extrême droite régulièrement à l’assaut des féministes, des LGBT et des minorités religieuses et raciales, il était jusqu’à ces dernières semaines le porte-parole inattaquable – parce que lui-même ouvertement homosexuel et juif – des positions d’une nouvelle droite (dite « alt-right ») jeune, décomplexée, cynique, éduquée, urbaine, post-moderne, nourrie de films violents et de jeux vidéo, et en guerre ouverte contre le politiquement correct. La diction sophistiquée, les allures évaporées, la langue de vipère de Yiannopoulos et surtout, l’exploitation que la droite pouvait faire de la rébellion libertarienne incarnée par son personnage l’avaient propulsé à un poste important au sein de l’équipe éditoriale de Breitbart News Network, une publication de presse en ligne historiquement déterminante dans la campagne électorale de Donald Trump. (Steve Bannon, le conseiller en chef de Donald Trump, vient d’ailleurs de Breitbart News et Yiannopoulos appelle Trump « papa »).

Son livre prévu pour juin prochain, « Dangerous » battait des records en précommandes sur Amazon. Et il avait été invité à parler à la convention annuelle de la droite conservatrice, la CPAC, un rendez-vous de haut vol qui comptait le président des USA Donald Trump à son affiche de 2017.

Tout cela s’est envolé en fumée. En une seule journée. Après des propos dans lesquels Yiannopoulos défendait publiquement les rapports sexuels entre jeunes adolescents et adultes, Breitbart News le licenciait, son éditeur annulait la publication de son livre et la CPAC révoquait son invitation.

Yiannopoulos a eu beau présenter des excuses, exposer les abus sexuels dont il a été lui-même victime à quatorze ans et mettre en avant ses trois dénonciations de pédophiles, rien n’y a fait. Il lui a même été reproché une interview de 2015, ressortie pour l’occasion, dans laquelle il racontait avoir assisté à une soirée de Hollywood où des enfants « vraiment très jeunes » (selon ses mots) servaient d’esclaves sexuels, sans hélas donner de noms ou faire la moindre démarche pour lancer des actions en justice. A l’époque, ses révélations s’inscrivaient dans le débat public sur le film d’Amy Berg, et personne n’avait noté son inaction. Aujourd’hui, après des décennies de tentatives répétées de banalisation de la pédophilie et de la pédérastie, après les polémiques citées plus haut, après l’affaire Jeffrey Epstein, après les années de couverture d’abus sexuels d’enfants par le célèbre coach sportif Jerry Sandusky et au Royaume-Uni, par les présentateurs-vedettes de la BBC Jimmy Savile et Rolf Harris, après les piétinements de l’enquête policière et les « pertes de dossiers » du scandale du réseau pédophile de membres du gouvernement britannique dit « Westminster » couvert par Margaret Thatcher (une affaire de 2014-2015 qui, en France, n’a même pas accédé à la rubrique des chiens écrasés mais qui, « relation spéciale » et langue commune obligent, a été abondamment commentée par la presse et les réseaux sociaux américains), après la reprise dans les mêmes médias américains des révélations d’août dernier de Theresa May, le Premier ministre britannique, sur la gravité et l’échelle des abus sexuels pédophiles dans la société de son pays, après les défenses ouvertes et répétées de la pédophilie par certains cercles académiques en vue, le point de non-retour a-t-il été atteint ?

En tout état de cause, Milo Yiannopoulos aurait dû savoir que le magnat des médias Andrew Breitbart, fondateur de Breitbart News décédé en 2012, affichait une tolérance zéro pour la pédophilie (dont il avait publiquement accusé John Podesta dans un tweet de 2011), et intégrer les lignes rouges de sa tribune médiatique de droite conservatrice. Pour ne pas l’avoir compris, il est l’un des premiers défenseurs de la pédophilie à voir sa carrière s’effondrer.

Mais Yiannopoulos aurait-il été plus à sa place, ou du moins davantage à l’abri dans une publication de gauche libérale ? Rien n’est moins sûr. Étant donnée la nouvelle direction du vent, le très opportuniste site de gauche libertaire-progressiste Salon.com, qui avait publié en toute quiétude des articles en faveur de la pédophilie l’année dernière, les a discrètement supprimés.

Toujours 2017 – La police américaine s’en mêle et arrête des pédophiles en masse

Ajoutons à ce qui précède que depuis un mois, les USA enregistrent une vague d’arrestations de pédophiles sans précédent. Plus de 1500 suspects de trafic d’enfants ont été interpellés dans le Tennessee, en Californie, dans l’Illinois, dans le Michigan, en Floride et en Virginie. En seulement un mois, la police a plus que doublé le nombre des pédophiles généralement appréhendés sur une année entière.

Et enfin, le 24 février dernier, Donald Trump a annoncé une guerre contre le trafic d’êtres humains aux USA.

Ce n’est donc probablement que le début.

Décidément, aux USA, sale temps pour les pédophiles.

 

Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia

Photo Pixabay

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