Le capitalisme croule sous les inégalités… blâmez la Russie !

Par Finian Cunningham
Paru sur Dandelion Salad, Strategic Culture Foundation et The Greanville Post sous le titre Capitalism Collapsing from Inequality… Blame Russia!


De nouveaux chiffres récemment publiés sur des inégalités obscènes démontrent que le système économique capitaliste est devenu profondément dysfonctionnel. De fait, les rouages dépravés du système posent les plus graves menaces aux sociétés et à la sécurité internationale. Pourtant, les leaders de l’Occident sont uniquement préoccupés par des menaces inexistantes – comme la Russie.

Prenez le Premier ministre britannique, Theresa May, qui parlait dernièrement au cours d’un banquet chic à Londres. Elle a dit à la bonne société assemblée, entre deux gorgées de bon vin, que la « Russie menace l’ordre international dont nous dépendons tous ». Sans avancer la moindre preuve, le leader britannique a continué en affirmant que la Russie interférait avec les démocraties occidentales pour « semer la discorde ».

L’esbrouffe de May est un cas d’école classique de ce que les scientifiques appellent « une tactique de diversion » – c’est-à-dire, quand des animaux se trouvent face à un danger, ils réagissent souvent en déployant un comportement inhabituel ou en émettant des bruits bizarres.

Parce que, de fait, May et les autres leaders occidentaux font face à un danger qui menace leur ordre mondial, même s’ils ne l’admettent pas ouvertement. Le danger vient de niveaux effarants d’inégalités sociales et d’une explosion de la pauvreté dans les sociétés occidentales, ce qui mène à de la colère, du ressentiment, du mécontentement et une déception dans une frange croissante des populations. Confrontés à l’effondrement imminent de leur système de gouvernement, des leaders occidentaux comme May cherchent à se défouler en jacassant contre la « menace russe ».

Récemment, la banque européenne Crédit Suisse a publié des chiffres démontrant que la disparité des richesses entre riches et pauvres a atteint des sommets grotesques, absurdes. Selon la banque, les 1% les plus riches détiennent aujourd’hui autant de richesse que la moitié de la population de la planète entière. Les États-Unis et la Grande-Bretagne comptent parmi les principaux pays de résidence de multi-milliardaires, et comptent également parmi les pays les plus inégalitaires du monde.

Les données qui soulignent à quel point le système est devenu dysfonctionnel continuent d’affluer. Il est impossible d’ignorer la réalité d’un système en profond état de délabrement, et pourtant les politiciens, britanniques et américains notamment – à l’exception notable de Jeremy Corbyn et de Bernie Sanders – ont l’impudence de faire fi de cette réalité et de pourchasser des fantômes ridicules. (Un exercice qui, malgré tout, s’explique d’une certaine façon.)

Très récemment, selon les conclusions d’un rapport de l’Institut for Policy Studies, un think tank basé aux USA, les trois hommes les plus riches des États-Unis – Bill Gates, Jeff Bezos et Warren Buffett – possèdent le même niveau de richesse que l’ensemble de la moitié la plus pauvre de la population du pays. C’est-à-dire que, les avoirs réunis de ces trois individus – estimés à 250 milliards de dollars – sont équivalents à ceux que possèdent 160 millions de citoyens à eux tous.

En outre, l’étude estime aussi que si l’administration Trump arrive à faire passer son plan de réforme fiscale, les inégalités entre l’élite riche et la vaste majorité s’accroîtront encore plus. Cette étude et d’autres ont conclu que plus de 80% des avantages fiscaux prévus par le budget de Trump iront encore enrichir les 1% les plus riches de la société.

Au delà des cas May et Trump, au cours des dernières décennies, tous les gouvernements occidentaux ont supervisé une tendance historique de siphonnage des richesses de la majorité de la société au bénéfice d’une micro-élite. Le fardeau de la taxation a été déplacé des riches sur les travailleurs ordinaires, qui de plus ont dû faire face à des salaires en baisse, aussi bien qu’à la dégradation de leurs services publics et de leurs aides sociales.

Parler des USA ou de la Grande-Bretagne [1] comme de « démocraties » est risiblement inapproprié. A toutes fins utiles, ce sont des ploutocraties ; des sociétés dirigées par et pour la seule strate des richissimes.

Les économistes intelligents, comme les auteurs de l’IPS cités ci-dessus, réalisent que cet état de chose est intenable. Du point de vue de l’éthique comme de l’empirisme économique, la distorsion de la richesse à l’intérieur des sociétés occidentales, et internationalement, est en train de mener à un désastre social et politique.

A ce propos, nous devons saluer les travaux visionnaires de Karl Marx et Friedrich Engels qui, il y a plus de 150 ans, ont identifié la faille structurelle du capitalisme : la concentration de la richesse entre les mains d’une minuscule frange de la population qu’il allait infailliblement amener. Le manque de pouvoir d’achat des masses dû à une pauvreté chronique induite par le capitalisme allait déboucher un jour ou l’autre sur l’effondrement du système. [2]

L’inégalité, la pauvreté et le déni d’une existence décente pour la majorité des gens condamnent le capitalisme et son organisation de la société au profit du secteur privé. La souffrance humaine, les privations, l’austérité et les potentiels frustrés qui dérivent de cette organisation représentent la crise majeure de notre époque. Et pourtant, au lieu d’un débat public sérieux et d’un combat pour surmonter cette crise, nous sommes forcés par nos « élites » de nous concentrer sur des faux problèmes, et même sur des notions surréalistes.

La politique américaine a été paralysée par une interminable querelle de bac à sable des « élites » sur une interférence supposée de la Russie dans les élections présidentielles et des affirmations selon lesquelles les médias russes continuent d’interférer avec la démocratie américaine. Bien sûr, les médias américains contrôlés par le secteur privé, qui font partie intégrante de la ploutocratie, accordent un haut degré de crédibilité à ce cirque. De même que les médias détenus par le secteur privé en Europe.

Ensuite, nous avons le président Trump en tournée dans le monde, admonestant et harcelant d’autres pays pour qu’ils dépensent plus d’argent en produits américains et qu’ils cessent de profiter indûment de la supposée « générosité » américaine en matière de commerce. Trump est également prêt à lancer une guerre nucléaire contre la Corée du Nord, accusée de menacer la paix mondiale – parce que le pays bâtit des défenses militaires. Même chose pour l’Iran. Trump dénonce l’Iran comme menace pour la paix au Moyen-Orient et prévient qu’une confrontation est possible.

C’est le même type de diversion grotesque que les accusations récentes de May contre la Russie, « qui menace l’ordre du monde dont nous dépendons tous ». Le mot « nous » qu’elle emploie se réfère aux élites économiques, pas à la masse souffrante des travailleurs et de leurs familles.

May et Trump font de la « gestion de perception » poussée à des extrêmes d’absurdité inédits. Ou, pour le dire plus crûment, ils font du lavage de cerveau.
Comment la Corée du Nord ou l’Iran peuvent-ils être présentés comme des menaces mondiales de façon crédible, quand les USA et la Grande-Bretagne soutiennent un blocus génocidaire et un massacre aérien au Yémen ? Leur complète déconnexion de la réalité témoigne de la toxicité du contrôle de la pensée dans lequel ils enferment la majorité de leurs citoyens.

La principale déconnexion est incarnée par les inégalités obscènes de richesses et de ressources que le capitalisme a produites au XXIe siècle. Tout cela entre dans un déni de réalité de la part des « élites ». La réalité est telle que suit : le capitalisme constitue la principale menace envers l’avenir de l’humanité.

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

Notes de la traduction :

[1] Ou de la France

[2] Ce qui s’est produit dès 1929 avec la Grande dépression, une crise due à une surproduction et à un manque de débouchés commerciaux ; la population était en effet trop pauvre pour s’offrir les biens de consommation fabriqués de plus en plus vite et efficacement sur les chaînes de montage, et qui s’accumulaient dans les hangars. En absorbant une énorme production en armements, la guerre de 39-45 et ensuite, les investissements du Plan Marshall dans la reconstruction européenne ont momentanément « sauvé » le système capitaliste, ainsi que les meilleurs salaires, l’amélioration des services publics et les aides diverses instaurés après-guerre. Aujourd’hui comme dans les années 20, le « cannibalisme » dans lequel le capitalisme est retombé de par sa propre dynamique aveugle scie encore une fois la branche sur laquelle il est assis — et comme tout sytème verrouillé (ici par son obligation de croissance, la pression continuelle imposée à chacun de ses acteurs par son schéma structurel de concurrence et ses « leaders du marché » installés, qui interdisent tout changement potentiellement préjudiciable à leurs profits), il incapable d’infléchir ou d’adapter sa course. Ce qui, au bout du compte, ressemble bien à un système condamné par sa propre incapacité à se réformer, à s’adapter ou à « maigrir » quand ce serait souhaitable pour sa survie.

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