Énergies renouvelables : Le scénario-catastrophe de la Californie pourrait couler Biden

Par Jonathan Tennenbaum
Paru sur Asia Times sous le titre California horror scenario could sink Biden


À quoi ressemblera le « futur énergétique propre » de Biden ? La hausse vertigineuse des prix de l’énergie et des taux de pauvreté en Californie à la suite de son adoption des renouvelables, constitue un avertissement.

Ceci est la sixième partie de la série Au secours, Biden veut sauver la planète ! Retrouvez la première partie ici, la deuxième partie ici, la troisième ici, pour la quatrième, c’est par ici, et pour la cinquième, n’hésitez pas à cliquer ici. 

Les fondamentalistes du climat ont tendance à croire au sacrifice et à l’embrigadement comme seuls moyens d’éviter une apocalypse climatique et d’expier les crimes de l’homme contre la Terre.

Dans sa campagne, Joe Biden a parlé sur un ton très différent : son plan climatique ferait de la construction d’une nouvelle infrastructure à émission zéro un moyen, pour les États-Unis, de restaurer la prospérité et les emplois à haut salaire.

Cela semble formidable, mais à quoi ressemblera le « futur énergétique propre » du président Biden ? Et sera-t-il économiquement viable ?

Comme je l’ai expliqué dans le précédent volet, une politique visant à obtenir une « électricité 100 % propre » sans expansion massive de l’énergie nucléaire impliquera inévitablement de soumettre la population à une austérité économique – entre autres, par le biais des prix de l’énergie et de taxes exorbitantes entraînant une perte de pouvoir d’achat et, très probablement, un rationnement et une réglementation de l’utilisation de l’électricité. Sans oublier les coupures de courant.

Pour avoir un avant-goût amer de cet avenir, il suffit de regarder la Californie – l’État qui a pris la tête des « énergies propres ». La Californie est également en tête des prix de l’énergie les plus élevés en dehors du Nord-Est – plus de 50 % supérieurs à la moyenne nationale – et du taux de pauvreté réelle le plus élevé des États-Unis.

La Californie est censée être la vitrine des politiques environnementales du Parti démocrate. L’État est solidement aux mains des Démocrates depuis l’élection du gouverneur écologiste Jerry Brown, en 2011.  La vice-présidente Kamala Harris et la puissante présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi sont les chefs de file des Démocrates californiens. La Californie dispose également de vastes ressources financières et économiques. Si la Californie était un pays, elle serait l’une des six nations les plus riches du monde, avec un PIB nominal de 2 600 milliards de dollars.

Alors pourquoi cet État n’est-il pas capable de fournir à ses citoyens une énergie électrique fiable et abordable ? Tout au long du mois d’octobre de l’année dernière, des millions de Californiens ont souffert d’une série de « coupures intentionnelles de courant » au cours desquelles l’approvisionnement en électricité était interrompu dans diverses régions de l’État, sur la base d’une rotation.

Ces coupures étaient motivées par une vague de chaleur et de sécheresse intenses, mais elles étaient imposées par l’état de délabrement de l’ancien réseau électrique de l’État. En effet, les étincelles produites par les lignes électriques terrestres ont longtemps été l’un des principaux déclencheurs des fréquents feux de forêt de la Californie.

Pour éviter ce danger pendant la canicule, le principal fournisseur californien, Pacific Gas and Electricity (PG&E), coupait tout simplement l’électricité dans des zones entières, appelant ces événements des « coupures de courant de sécurité publique ».

PG&E, la plus grande compagnie d’électricité des États-Unis, très soucieuse de cultiver son image de pionnière en matière d’énergie « propre », avait manifestement donné la priorité aux investissements dans l’énergie solaire et éolienne, et relégué la maintenance du réseau électrique à la seconde place.

La crise a également été causée par l’insuffisance des réserves de capacité de production, notamment la réduction de la production d’électricité à partir de gaz naturel (motivée par des considérations environnementales), la fermeture de l’avant-dernière centrale nucléaire, ainsi que la fermeture progressive des centrales à combustibles fossiles dans les États voisins, ce qui a réduit la quantité d’électricité pouvant être importée. (Avec des importations nettes représentant 25 % de ses approvisionnements, la Californie est le plus grand importateur d’électricité des États-Unis).

Ensuite, il y avait les grandes fluctuations de la production des éoliennes, avec des variations allant jusqu’à 1 000 mégawatts, et l’indisponibilité de l’énergie solaire la nuit. À un certain moment, la situation est devenue incontrôlable.

La dernière crise n’a pas été une surprise pour ceux qui connaissent le système énergétique californien. La Californie était déjà en tête des USA pour le nombre de coupures de courant par an, et le système avait déjà frôlé l’effondrement au cours des mois précédents.

Mais plus important que de simples pannes d’électricité, la Californie donne un avant-goût de l’austérité économique que les mesures climatiques dictées par l’idéologie menacent d’imposer à l’ensemble du pays.

Il y a deux ans, une coalition de leaders des droits civiques appelée « The Two Hundred » a intenté une action en justice contre le California Air Resources Board (CARB) – la principale agence du gouvernement californien chargée de mettre en œuvre les politiques climatiques.

Selon la plainte en justice, ces politiques violent systématiquement les droits des citoyens issus de minorités dans l’État, en particulier ceux qui vivent dans la pauvreté. Selon les critères de « pauvreté fonctionnelle » du Bureau du recensement des États-Unis, 18 % des Californiens sont considérés comme « pauvres ». [La Californie est l’État qui compte le plus grand nombre de sans-abri des USA, NdT].

Les mesures environnementales prises par la Californie ont réduit le niveau de vie de la population pauvre de multiples façons :

  • Une augmentation rapide du coût de l’électricité (+ 30 % depuis 2011, contre une augmentation moyenne de 4 % dans le reste des États-Unis) ;
  • Une augmentation des coûts de l’immobilier découlant des mesures obligatoires d’ « efficacité énergétique » dans les bâtiments anciens et nouveaux, et autres réglementations environnementales ;
  • Des mesures visant à interdire l’utilisation du gaz naturel pour le chauffage et la cuisine, obligeant les gens à se tourner vers l’électricité, qui est près de quatre fois plus chère ;
  • Une augmentation des coûts des transports due aux taxes environnementales sur les carburants et à une nouvelle taxe sur les kilomètres parcourus conçue pour réduire les émissions dues à l’automobile, mais qui punit de facto les personnes qui déménagent vers les zones périphériques dans l’espoir d’un logement abordable.

La liste est longue. Dans leur action en justice, les Two Hundred ont fait valoir :

« Les politiques californiennes en matière de changement climatique – et plus particulièrement les politiques qui augmentent le coût et retardent ou réduisent la disponibilité des logements ; qui augmentent le coût des carburants, et aggravent intentionnellement la congestion des autoroutes afin d’allonger les temps de trajet et d’augmenter encore les coûts de l’électricité – ont eu et auront divers effets inconstitutionnels et illégaux sur les populations minoritaires de Californie, qui constituent désormais une frange conséquente de la population de l’État. »

Ils ont ajouté, avec une ironie amère :

« Le changement climatique ayant été décrit à plusieurs reprises comme une « catastrophe » susceptible de détruire les civilisations, il est peut-être nécessaire que le CARB plonge davantage de résidents issus de minorités en Californie dans la pauvreté et les prive de logements. Si c’est le cas – si le changement climatique exige que l’État ignore les droits civils, les mandats fédéraux et étatiques en matière d’air pur, de logement équitable, de transport et de protection des consommateurs, et ignore les ressorts du droit administratif qui exigent une évaluation environnementale et économique approfondie des propositions de réglementation – alors c’est une politique qui ne peut être mise en œuvre que par la Législature de l’État, dans la mesure où elle peut le faire en conformité avec les Constitutions californienne et fédérale. »

La dernière phrase suggère une tendance dictatoriale qui se cache derrière les mesures climatiques : en clair, l’ « apocalypse climatique » offre un blanc-seing au gouvernement pour faire ce qu’il veut.

Malgré leurs belles promesses, Biden et son équipe sont bien conscients du lien entre politique climatique et austérité. Il s’agit d’une question majeure de la base du Parti démocrate, avec d’un côté un électorat de gauche animé par l’idéologie et de l’autre, des groupes constitutifs démocrates traditionnels tels que les syndicats.

Ces derniers, par expérience et par bon sens, craignent de finir par payer les politiques d’ « énergie propre » par une baisse du niveau de vie et une augmentation du chômage. Par exemple, qu’adviendrait-il des millions de personnes dont la subsistance dépend, directement ou indirectement, des activités d’extraction du charbon, du gaz naturel et du pétrole ?

Pour comprendre leur inquiétude, il faut garder à l’esprit la taille colossale du secteur des combustibles fossiles dans l’économie américaine.

Les États-Unis sont actuellement le plus grand producteur de pétrole au monde, le plus grand producteur de gaz naturel et le troisième producteur de charbon. Une réduction radicale de la production de combustibles fossiles toucherait non seulement les 1,1 million de personnes directement employées dans ces activités, mais aussi les économies de régions entières dans des États tels que le Wyoming, la Virginie occidentale, la Pennsylvanie, l’Ohio, le Texas, le Dakota du Nord, le Nouveau-Mexique et l’Oklahoma.

Inutile de dire que la plupart de ces régions ont voté massivement pour Donald Trump lors des dernières élections.

Biden le sait, bien sûr. Dans des décrets, il promet que 40 % des « bénéfices » du plan climatique de 2 mille milliards de dollars iront aux « communautés défavorisées. »

Biden propose qu’un grand nombre de personnes de ces communautés trouvent un emploi dans le processus de fermeture du secteur des combustibles fossiles, par exemple :

  • Fermeture des mines
  • Fermeture des puits de pétrole ;
  • Démantèlement des pipelines ;
  • Restauration de l’environnement, souvent gravement endommagé ;
  • Démantèlement des centrales à combustibles fossiles.

C’est peut-être en partie vrai, mais les emplois concernés n’auraient qu’un effet marginal sur la productivité de l’économie américaine. Et que se passerait-il ensuite ?

Les expériences de la « rust belt » [la « ceinture de rouille » du Nord industriel aujourd’hui dépeuplée, NdT] résultant de la désindustrialisation du Midwest américain et de certaines parties du Nord-Est dans les années 1980, ne sont pas particulièrement encourageantes.

On peut placer de plus grands espoirs dans le développement d’une nouvelle « structure propre » comme locomotive de l’emploi. Il ne fait aucun doute que cela fonctionnera, si l’on investit suffisamment d’argent.

Le simple nombre d’emplois n’est toutefois pas un critère suffisant.

L’expansion des énergies solaire et éolienne aux États-Unis a déjà généré un nombre très important d’emplois. Actuellement, il y a plus de personnes employées dans le secteur des énergies renouvelables que dans celui des énergies fossiles.

Ce résultat semble bon à première vue, mais il reflète le fait que les énergies solaire et éolienne sont extrêmement voraces en main-d’œuvre, pour une productivité intrinsèquement faible. Cela est dû, entre autres, au nombre considérable d’unités qui doivent être installées et entretenues pour atteindre un niveau de production donné.

La Californie, par exemple, compte 6 575 éoliennes, avec une puissance nominale totale de 5 842 mégawatts et, compte tenu de l’intermittence de leur production, une puissance moyenne réelle plus basse, environ 2 000 gigawatts. C’est moins que la production constante de la seule centrale nucléaire de Diablo Canyon, que PG&E prévoit maintenant de fermer.

Champ d’éoliennes dans le désert de Californie. Photo Wikimedia Commons

La question fondamentale est de savoir si l’économie américaine, après avoir dépensé tout l’argent et toutes les ressources nécessaires à l’obtention d’une « énergie 100% propre », sera plus ou moins productive. La réponse dépend de manière cruciale des choix technologiques.

Biden a souligné dans sa campagne : « Un élément clé de notre plan de relance Build Back Better (Reconstruisons en mieux) est la construction d’une infrastructure climatique moderne et résiliente et d’un avenir énergétique propre qui créera des millions d’emplois syndiqués bien rémunérés – pas 7, 8, 10, 12 dollars de l’heure, mais un bon salaire, plus les avantages. »

Cependant, si des politiques environnementales irrationnelles font s’effondrer la productivité réelle de l’économie, alors les salaires réels et le niveau de vie réel s’effondreront inévitablement aussi, du moins pour la majorité de la population active.

De grosses injections d’argent pourraient créer l’impression inverse mais, comme pour tout anesthésiant, l’effet finit par s’estomper.

Jonathan Tennenbaum a obtenu son doctorat en mathématiques à l’université de Californie en 1973, à l’âge de 22 ans. Également physicien, linguiste et pianiste, c’est un ancien rédacteur en chef du magazine FUSION. Il vit à Berlin et voyage fréquemment en Asie et ailleurs. Il est consultant en économie, science et technologie.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Photo Euan Slorach via Creative Commons : une personne sans-abri à San Francisco

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