Le mensonge est leur business : la Steve Bannon Connection

Par Christopher Black
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre Lying Is Their Business: U.S. Propaganda Against China – The Steve Bannon Connection


Le puzzle de la propagande américaine est composé de nombreuses pièces, dont certaines sont des agences de propagande gouvernementales officielles, des médias privés contrôlés par des personnes partageant les mêmes idées, ou des influences directes des agences de renseignement.

Fin janvier 2021, le think tank de l’OTAN Atlantic Council a publié un document intitulé « The Longer Telegram » (Le télégramme plus long), qui propose une stratégie pour que les États-Unis parviennent à dominer le monde – une stratégie qui considère la Chine comme le principal obstacle à cette domination, la Russie étant désormais considérée comme un « irritant ». C’est un fantasme de mégalomanes qui, assis dans des pièces sombres, rêvent de puissance mondiale par tous les moyens nécessaires, y compris une guerre mondiale.

Il s’agit essentiellement d’un document de propagande conçu non seulement pour proclamer une nouvelle guerre mondiale, la guerre américaine contre la Chine, mais aussi pour tenter de justifier cette guerre. Il décrit une Chine qui n’existe pas, sauf dans les fantasmes de ces idéologues de droite. Des insultes jonchent chaque page ; contre le président Xi, contre le parti communiste, contre la culture et les réalisations chinoises. Le but secondaire est bien sûr d’essayer de créer des troubles et des divisions au sein de la Chine, de l’affaiblir, de faire tomber le socialisme, de faire tomber la Chine, parce qu’il prétend savoir et révéler des choses. Il est presque écrit comme le scénario d’une pièce de théâtre, mais il s’agit en fait d’un document criminel écrit par des criminels et des imbéciles.

Le titre du document fait référence à un document connu sous le nom de « Long Telegram », qui avait été écrit par le conseiller en politique étrangère des États-Unis, George Kennan, en 1946. Il y exposait une stratégie pour détruire l’Union soviétique, stratégie qui a été appliquée. Il faut donc supposer que l’auteur ou les auteurs de ce nouveau document s’attendent à ce qu’il devienne la stratégie adoptée par le régime Biden et, en effet, nous avons vu beaucoup de d’évaluations de ce rapport dans les médias et les cercles politiques occidentaux, principalement approbatrices, ce qui indique qu’il est étudié dans les sphères des décideurs, et nous avons également vu, avec les premières déclarations du président Biden, que l’agression américaine se poursuivra et s’intensifiera. [*]

Le mystère, pour nombre d’entre nous, est de savoir qui a écrit le document puisqu’il a été signé par « Anonyme ». Il se peut qu’il n’y ait qu’un seul auteur, mais le mot « anonyme » pourrait être le masque d’un comité, ou bien il pourrait avoir été écrit par le nouveau secrétaire d’État de Biden, Anthony Blinken. Qui que soit l’auteur, il a clairement l’approbation de l’Atlantic Council, et donc de l’OTAN et des gouvernements de l’OTAN. Cependant, plusieurs autres noms ont été suggérés, notamment les usual suspects anti-Chine : Mike Pompeo, John Bolton et Steve Bannon.

Pourquoi ces noms sont-ils considérés comme possibles ? Blinken, et l’équipe Obama, qui avait entamé le « pivot vers l’Asie » des USA sont des candidats évidents. Mais Mike Pompeo, en tant qu’ancien chef de la CIA et Secrétaire d’État de Trump, est également une possibilité en raison de sa position de pouvoir et d’influence. Sa rhétorique anti-Chine est notoire. John Bolton est une possibilité pour les mêmes raisons, une série de postes de haut niveau, un homme d’influence de droite qui a occupé des postes en vue aux États-Unis quel que soit le parti qui détenait la présidence, qui ne peut penser qu’en termes de domination et de guerre, et qui a des opinions tranchées contre la Chine et le Parti communiste.

Et puis, il y a aussi Steve Bannon, l’un des faucons anti-chinois les plus bruyants des États-Unis aujourd’hui, dont le flot constant de propagande contre la Chine et le socialisme est destiné à créer une hostilité générale envers ce pays. Comme il n’est plus au pouvoir, il est moins susceptible d’être impliqué directement. Mais son programme de propagande sur Internet et à la radio est farouchement anti-chinois, et soutient les vues exprimées dans le Longer Telegram.

On sait peu de choses sur lui, mais l’examiner aide à comprendre les rouages du système de propagande américain. C’est un personnage de l’ombre qui a gravi une série d’échelons, passant d’officier de la marine américaine et d’assistant du Chef des opérations navales américaines, à banquier chez Goldman Sachs, à producteur hollywoodien, à ami des riches, à animateur radio, à conseiller du président Trump, à membre du Conseil national de sécurité, et qui poursuit aujourd’hui sa propagande anti-chinoise dans son émission de télévision et de radio appelée de manière révélatrice War Room (salle de guerre), qu’il co-anime avec la personnalité d’extrême droite britannique Raheem Kassam. Kassam a notamment été conseiller de Nigel Farage, le chef de l’UKIP, et avait travaillé auparavant pour la société d’extrême droite Henry Jackson à Londres, dont l’objectif est de répandre le capitalisme, et qui cible la Russie et la Chine comme des « dangers pour la démocratie. »

Dans son émission de la War Room du 11 février, Bannon a répété son gros mensonge selon lequel le virus du Covid-9 provient d’un laboratoire de l’APL chinoise à Wuhan, alors que l’OMS a confirmé que c’était hautement improbable et a déclaré qu’il fallait enquêter ailleurs sur ses origines. Dans cette émission, Bannon a fait semblant d’interviewer une Chinoise, qui n’était pas nommée sauf par le nom de code TCC, qui prétendait être un médecin dotée d’une connaissance approfondie de la Chine, et qui soutenait l’affirmation de Bannon selon laquelle le virus est une « arme biologique ». C’est le type de propagande dont Bannon et son équipe abreuvent constamment le peuple américain et tous ceux qui veulent bien l’écouter, une propagande conçue pour susciter la peur et la haine envers la Chine en l’accusant directement d’avoir lancé une attaque contre les États-Unis. L’objectif clair est de pousser le gouvernement américain à entrer en guerre contre la Chine.

La question se pose également de savoir d’où Bannon tire l’argent nécessaire à ses activités. Une partie proviendrait des redevances des rediffusions de la sitcom américaine « Seinfeld », dans laquelle il avait investi en 1990, mais il entretient également des liens très étroits avec Guo Wengui, alias Miles Kwok, un milliardaire chinois qui a fui la Chine après avoir été accusé de corruption, de pots-de-vin et de fraude et qui, depuis, n’a pas cessé de faire de la propagande contre la Chine et le Parti communiste. Bannon et lui se sont impliqués dans une société appelée GTV Media Group, qu’ils ont fondée en 2020. Les deux hommes font l’objet d’une enquête pour fraude dans le cadre d’un projet qui a vu 300 millions de dollars disparaître des poches d’investisseurs. Ils font également l’objet d’une seconde enquête sur une fraude postale pour leur rôle dans une campagne Go Fund me qui visait à financer le mur de Trump à la frontière mexicaine. Des personnes auraient donné de l’argent destiné au mur, mais Bannon et Guo l’auraient détourné pour leur usage personnel. C’est pour ces délits que Bannon a été gracié par Trump, de sorte qu’il ne pourra jamais être tenu pour responsable de ses fraudes, sauf dans le cadre de poursuites civiles.

Bannon prétend être motivé par une idéologie, par des préoccupations pour la démocratie. Mais le service d’information Axios a révélé en octobre 2019 qu’après que Bannon ait quitté la Maison Blanche, il a obtenu de Guo un contrat de « services de conseil » pour lequel, en 2018-19, il a été payé un million de dollars. Or, celui qui paye l’orchestre choisit la partition.

Travailler pour l’argent étranger n’a rien de nouveau pour Bannon, qui se dit aujourd’hui « antimondialiste ». Il a commencé sa carrière financière chez Goldman Sachs, l’une des plus grandes banques d’investissement mondiales, dans les fusions et acquisitions. Puis, lorsqu’il a constaté qu’il pouvait gagner plus d’argent par lui-même, il a créé sa propre société d’investissement en 1990, Bannon and Company, qu’il a utilisée pour profiter de l’expansion de l’industrie cinématographique américaine au niveau mondial. Incapable de réunir seul suffisamment de fonds pour investir dans des propriétés intellectuelles comme les royalties cinématographiques, il s’est associé à la banque d’investissement japonaise Nissho Iwai, qui lui a donné des millions de dollars sur cinq ans.

S’appuyer sur l’argent étranger est devenu son modus operandi. Il a déclaré un jour : « Notre point fort était de travailler avec des entreprises américaines pour qu’elles travaillent avec des investisseurs étrangers. » C’est par le biais de ses transactions en Californie qu’il a acquis des parts dans la sitcom télévisée « Seinfeld », ce qui lui a rapporté de gros bénéfices. En 1996, après l’expiration de l’accord japonais, il s’est associé à la banque d’investissement française Société Générale et, à la même époque, il a conclu un accord d’investissement avec le prince Al-Walid ben Talal, un neveu du roi d’Arabie Saoudite qui dirigeait la United Saudi Commercial Bank, et qu’il a aidé à obtenir des investissements dans le secteur du cinéma à Hollywood. C’est à cette époque qu’il s’est impliqué avec Donald Trump, achetant le yacht de ce dernier en 1991. Il prétendait « renflouer Trump », et en 1995, un investisseur de Singapour et lui ont acquis l’hôtel Plaza à New York.

Il affirme s’être tourné davantage vers la droite à la suite de la crise financière de 2008, puis il a commencé à soutenir des films sur le déclin de l’Amérique, soutenu le mouvement de droite Tea Party, puis rejoint Breitbart Media (média conservateur, propriété de la famille milliardaire Mercer) en 2012, et enfin, il a utilisé son programme sur Internet pour soutenir la candidature de Trump à la présidence. Lorsque Trump a été élu, il a été nommé membre du Conseil national de sécurité. Bannon est l’un de ceux qui ont poussé Trump à abandonner l’accord de Paris sur le climat, et à imposer une interdiction d’entrer aux États-Unis aux musulmans, une action qui a mis en colère ses amis saoudiens.

Après que des conflits aient éclaté à la Maison Blanche, Bannon a été contraint de partir pour retourner chez Breitbart. Mais certaines de ses déclarations et de ses opinions racistes ont conduit même l’héritière d’extrême droite Rebekkah Mercer, qui possédait une partie de Breitbart, à le chasser de son émission de radio, ce qui l’a amené à consolider ses liens avec Guo, à prendre son argent et à lancer son propre programme.

Le puzzle de la propagande américaine est composé de nombreuses pièces, dont certaines sont des agences officielles de propagande gouvernementale comme Voice of America, la CIA, la NED et ainsi de suite, ainsi que des médias privés contrôlés par des personnes partageant les mêmes idées, ou des influences directes des agences de renseignement. Bannon est un exemple de ces personnages sordides qui peuplent ce monde de l’ombre, ces spécialistes des portes tournantes entre le gouvernement et les sphères privées. Ce sont des opportunistes qui pensent pouvoir gagner de l’argent en faisant de la propagande contre des nations et des peuples étrangers, et en empochant les bénéfices.

Ils prétendent se préoccuper de « démocratie » et de « droits de l’homme », mais en réalité, ils ne se préoccupent que de se remplir les poches, et peu leur importe comment. Le mensonge est leur business.

Christopher Black est avocat spécialisé en droit pénal international, et vit à Toronto. Il est connu pour avoir travaillé sur des affaires de crimes de guerre très médiatisées (il a notamment participé au Comité international de défense de Slobodan Milošević, jugé au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye, aux côtés de l’avocat Jacques Vergès). Black a récemment publié un roman, Beneath the Clouds. Il écrit des essais sur le droit international, la politique et les événements mondiaux.

 

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration OpenClipart-Vectors / Pixabay

[*] Note de la traduction : effectivement, la propagande anti-chinoise va s’intensifier, voir ci-dessous.

(Tweet en date d’hier, le 11 avril : La commission des relations extérieures du Sénat américain propose de financer à hauteur de plusieurs millions de dollars les médias qui rendront compte de l’ « impact négatif » des projets « Belt & Road » [de la Chine])

Les candidats à la manne américaine seront probablement nombreux. Attendons-nous donc à de la boue lancée par pleins seaux sur la Chine dans les médias des pays alliés des USA…

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