Guerre de l’info : la Chine contre-attaque

Jusqu’à ces dernières années, face aux attaques verbales, aux accusations et aux sanctions des USA, la Chine gardait un silence imperturbable. Mais il semble qu’elle ait compris que son impassibilité confucianiste ne faisait que céder le terrain de la communication à son adversaire, et qu’elle se soit décidée à donner de la voix. Il faut s’attendre à ce que, dans les mois qui viennent, elle perde ce qu’il lui reste de complexes et qu’elle contre-attaque les USA de plus en plus bruyamment, notamment sur leur flanc le plus exposé au discrédit, leur « ventre mou » : les justifications plus ou moins crédibles de leurs guerres perpétuelles.

L’escalade de la guerre des mots dont il sera question dans l’article n’est qu’un début.


Par Tom Fowdy
Paru sur RT sous le titre China’s right. The long, grim death toll from America’s 201 military conflicts since 1945 reveals the world’s real bad guy


Un rapport sans concessions publié par une ONG chinoise a critiqué les États-Unis pour leur histoire de « catastrophes humanitaires » sous couvert de droits de l’homme. Cette accusation alimente l’escalade de la guerre des mots entre Pékin et Washington.

Une organisation chinoise a publié [*] un rapport dans lequel elle accuse les États-Unis d’être responsables d’une « histoire de catastrophes humanitaires », citant ce qu’elle a décrit comme des « agressions américaines » et soulignant les conséquences dévastatrices des guerres menées par les États-Unis, le plus souvent sous couvert d’ « interventions humanitaires » ou de « droits de l’homme ».

Le document de la China Society for Human Rights Studies (CSHRS) indique que les conflits américains ont parfois causé la destruction de pays entiers et fait des millions de victimes civiles. Il note que sur les 248 conflits armés qu’a connus la planète de 1945 à nos jours, 201 (81%) ont été le fait des USA, et qualifie leur comportement d’ « hégémonique ».

Le rapport indique que l’action des États-Unis a « non seulement coûté aux parties belligérantes un grand nombre de vies de soldats, mais aussi causé des pertes civiles et des dommages matériels extrêmement graves, entraînant des « catastrophes humanitaires horrifiantes ».

Cette critique est la dernière salve en date dans l’escalade de la compétition géopolitique entre la Chine et les États-Unis, qui a vu Washington réprimander sévèrement Pékin dans le registre des droits de l’homme, en concentrant ses critiques sur la région autonome du Xinjiang. La Chine a répliqué en dénonçant avec fermeté la politique étrangère américaine, en soulignant l’hypocrisie des Américains et en exposant la réalité de leurs actions dans le monde. Dans le même temps, Pékin cherche à présenter sa propre version des « droits de l’homme », fondée sur un angle économique par opposition à la liberté classique.

Dans le monde moderne, les États-Unis utilisent la rhétorique des droits de l’homme comme outil pour atteindre leurs objectifs de politique étrangère, ce qui s’inscrit dans leur auto-définition comme pays « exceptionnel » et vise à présenter leurs intérêts nationaux et leur activité militaire comme une lutte binaire du « bien contre le mal ».

C’est aussi le produit d’un système international né de la Seconde Guerre mondiale, où toute guerre d’agression explicitement fondée sur des motifs  d’ « intérêt personnel » viole les normes du droit international et nécessite donc une justification morale pour être menée. Ce système a poussé les USA à instrumentaliser le concept de droits de l’homme comme arme de propagande, afin de légitimer ce qui serait autrement vu comme des politiques étrangères ouvertement agressives, et à se présenter comme constamment « menacés » par divers ennemis.

Par conséquent, l’Amérique utilise sélectivement les droits de l’homme pour discréditer ses adversaires et exploiter la conscience de chacun afin de transformer des guerres ouvertement destructrices et tragiques en quelque chose qui semble juste, nécessaire et héroïque.

Après la chute de l’Union soviétique en 1991 et l’avènement d’un système international « unipolaire » entièrement dominé par Washington, la politique des « interventions humanitaires » s’est généralisée, d’après laquelle des pays occidentaux vertueux « interviennent » dans d’autres nations pour renverser des gouvernements au nom des « droits de l’homme » de leurs propres populations. Il existe des exemples notables de ce type d’interventions, notamment en Afghanistan, en Irak (à plusieurs reprises), en Libye et en Syrie.

C’est ce que pointe le rapport de la Chine. Bien que les États-Unis soient intervenus dans de nombreux pays au nom des droits de l’homme, le résultat a souvent été la destruction ou la déstabilisation totale de ces pays. Les exemples du Moyen-Orient cités ci-dessus sont les plus frappants parce que l’intervention américaine ou occidentale a, dans chaque cas, aggravé la situation. Les Talibans sont toujours très présents en Afghanistan. Le renversement de Saddam Hussein a déclenché une instabilité politique chronique, avec la montée d’Al-Qaida et de Daesh, qui ont fait de nombreuses victimes. L’éviction de Mouammar Kadhafi a provoqué une guerre civile catastrophique en Libye. Et le peuple syrien a été confronté à un conflit prolongé et à de lourdes sanctions, tout cela dans le but de renverser Bachar Assad.

Et cela ne s’arrête pas là. Les États-Unis ont activement soutenu l’Arabie Saoudite et ses alliés dans leur bombardement dément du Yémen, qui a tué des milliers de civils et ravagé le pays par la maladie et la famine. Alors que le monde est devenu récemment plus multipolaire et que les interventions directes sont devenues plus difficiles, les États-Unis ont intensifié l’utilisation de sanctions économiques lourdement handicapantes pour tenter de forcer des pays hostiles à capituler, notamment le Venezuela, l’Iran et la Corée du Nord, au nom de supposés « droits de l’homme » ou autres griefs géopolitiques.

Il n’est pas surprenant qu’au vu de cette longue histoire, la Chine considère les doléances américaines sur le Xinjiang comme de l’opportunisme, plutôt que comme une préoccupation sincère envers les droits de l’homme – une tentative d’isoler le pays, de dissuader les autres de dialoguer avec Pékin et, bien sûr, de construire une légitimité pour passer à des politiques dures. Combien d’Occidentaux souhaitent maintenant une action contre la Chine parce qu’ils pensent qu’un « génocide » est en cours ? Washington et ses alliés, comme la Grande-Bretagne, ont mené une campagne concertée en ce sens, mais comme toujours, les droits de l’homme mis en avant sont sélectifs.

Par conséquent, la Chine met de plus en plus en lumière ce qu’elle considère comme des violations catastrophiques des droits de l’homme par les USA, notamment à l’étranger, et ironiquement au nom des droits de l’homme eux-mêmes. Les États-Unis qualifient la Chine d’agresseur pour avoir défendu sa périphérie contre la militarisation américaine, et en réponse, Pékin fait remarquer à juste titre que l’Amérique du Nord est, quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, le pays le plus belliqueux de l’histoire.

Ses actions ont tué et fait souffrir des millions de personnes, mais cela ne semble pas entrer dans la tête de personnes soumises à un régime constant de propagande par leurs gouvernements et leurs complices des médias grand public. Ce nouveau rapport inverse le monde tel que nous le voyons habituellement, et examine les faits. La Chine serait le méchant de l’histoire ? Le long et sinistre bilan des 201 interventions militaires américaines menées depuis 1945 révèle le vrai coupable.

 

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel

[*] Note de la traduction : Le rapport de la China Society for Human Rights Studies est téléchargeable en bas de la page en lien ici.

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