Chine : il n’y a pas de « diplomatie des loups guerriers », seulement une réaction à des attaques incessantes

Quoi que l’on pense de la Chine, rien n’autorise l’Occident à la prendre de haut comme au temps des colonies. Il conviendrait, d’ailleurs, que l’Occident adopte en général un ton plus courtois et égalitaire envers tous ses partenaires internationaux, même et surtout les pays supposés « inférieurs » (à ses yeux). La diplomatie occidentale doit-elle à tout prix être l’arène de combats dans la boue qu’elle est devenue actuellement, et nos médias grand public gagnent-ils en honorabilité à être aussi cyniquement arrogants envers des pays étrangers, surtout entre deux indignations vertueuses anti-racistes et autres méa culpa « mémoriels » ?


Par Tom Fowdy
Paru sur RT America sous le titre There’s no ‘wolf warrior diplomacy’, only a logical reaction to Western attacks on China


Ces derniers temps, l’une des expressions utilisées à l’encontre de la Chine est la « diplomatie des loups guerriers », une expression qui souligne l’agressivité supposée des fonctionnaires de Pékin sur internet. Pour une raison ou pour une autre, aucun terme de ce type n’existe pour désigner les attaques incessantes des personnalités occidentales contre la Chine.

« Xi Jinping veut ‘se faire des amis’ dans le monde. Mais Pékin n’arrive pas à se défaire de ses habitudes de loup guerrier », affirme CNN, qui critique ce qu’il perçoit comme une attitude agressive, bruyante et assurée de la Chine et de ses diplomates en matière de politique étrangère. L’expression « loup guerrier » est souvent utilisée de nos jours ; dérivée d’un célèbre film éponyme chinois de 2015, elle est devenue un slogan régulièrement utilisé pour décrire le comportement des responsables chinois dans leurs relations avec l’Occident. Ce comportement peut être objectivement défini comme celui de gens qui parlent sur un « ton de plus en plus acerbe envers les États-Unis, l’Australie et d’autres pays », mais il est caricaturé comme quelque chose d’agressif, de déséquilibré, de nationaliste et d’excessif au point de l’auto-sabordage, comme le montre le reportage de CNN. En substance, il est fréquemment utilisé comme slogan anti-Chine.

Comme de bien entendu, peu d’efforts ont été consacrés à l’explication de la nature exacte de ce phénomène et de son origine. Peut-on vraiment l’expliquer comme une agression unilatérale et irrationnelle ? Ou par l’expression d’une tendance à l’autoritarisme de la part des Chinois ? Le problème, en fin de compte, c’est que les connotations affectives du mot, et la façon dont il est politisé dans les médias font qu’il est presque impossible pour le public d’en avoir une compréhension objective. En réalité, le terme ne recouvre guère plus qu’un ensemble de suppositions et d’idées reçues qui se transforment en « élément de langage », par opposition à un ensemble de faits objectifs. La soi-disant « diplomatie des loups guerriers » n’existe pas en fait, c’est simplement un récit unilatéral qui tire les réponses des diplomates chinois de leur contexte.

Il y a environ un an, Zhao Lijian avait conjecturé que le virus du Covid-19 pouvait provenir d’une fuite du laboratoire P4 de Fort Detrick, dans le Maryland. Bien qu’il n’y ait évidemment aucune preuve sérieuse de cette hypothèse, l’expression « diplomatie du loup guerrier » lui a été associée. Son attitude avait été perçue comme excessivement provocatrice, apparemment indigne d’un diplomate. Mais si nous voyons cela hors contexte, cela ne nous apprend rien. Zhao ne faisait que répondre à des propos diffamatoires à l’encontre de la Chine de la part des USA, et en particulier du sénateur Tom Cotton, qui avait lancé la théorie du complot selon laquelle le virus est le produit d’une fuite d’un laboratoire de Wuhan, une théorie qui a persisté jusqu’à aujourd’hui et qui est reprise en ce moment même dans le discours des médias grand public occidentaux.

Dans ce cas, s’agit-il de diplomatie des loups guerriers ? Les politiciens et les diplomates chinois ne sont pas les provocateurs, ils réagissent en fait à un monde qui, de plus en plus, accuse, diffame, calomnie et prête systématiquement des intentions malveillantes à la Chine. Pourtant, l’expression « diplomatie des loups guerriers  » suppose que Pékin est le coupable. Demandons-nous, par exemple, si la rhétorique de personnages tels que Mike Pompeo et Donald Trump, entre autres, est objectivement meilleure que celle de la Chine. Ils attaquent la Chine et lui font la morale presque quotidiennement, ils lui imputent tous les problèmes de l’Amérique, ils insinuent l’espoir d’un changement de régime et la qualifient de menace pour le monde entier. Pourtant, personne n’a inventé un terme spécifique pour leur comportement, tel que « diplomatie du guerrier loup ». Faut-il s’étonner si la Chine réagit comme elle le fait ?

Le discours de la « diplomatie des loups guerriers » attribue une « altérité » sur la Chine, dans un phénomène connu sous le nom d’ « orientalisme », [*]qui exagère intentionnellement la différence entre l’Asie et l’Occident pour ensuite présenter l’Asie comme agressive, violente, arriérée et dangereuse. La « diplomatie des loups guerriers », en tant que terme, joue sur cette « différence », ce qui révèle une inégalité fondamentale dans le dialogue mondial. L’Occident est perçu comme autorisé à insulter et à accabler la Chine à sa guise, mais la réponse logique de la part de la Chine est dépeinte comme menaçante, dominatrice et arrogante, un reflet du « péril jaune », à savoir l’anxiété qui entoure l’ascension de la Chine – d’où la tentation de la faire apparaître comme menaçante.

Soyons clair : la diplomatie des loups guerriers n’existe pas. Les diplomates chinois se comportent en fait de manière réactive et conjoncturelle face à un nouveau contexte international devenu hostile et intransigeant. Les grands médias prennent les réponses et les attitudes de la Chine hors du contexte des attaques occidentales auxquelles elle est en butte, et émettent ensuite un verdict unilatéral où seul le comportement de la Chine serait problématique et agressif. Mais la réalité est très simple : La Chine ne fait que se défendre, et ferait probablement preuve de retenue si les autres en faisaient autant.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel
Illustration OpenClipart-Vectors / Pixabay

[*] Note de la traduction : le mot « orientalisme » se réfère ici à l’ouvrage d’Edward Saïd « L’Orientalisme », dans lequel il dénonce l’attitude séculaire paternaliste et arrogante des Occidentaux envers les pays de l’Orient (Pour avoir un tableau complet, il faudrait y ajouter la vision occidentale, toute en stéréotypes et en idées reçues, de l’Afrique).

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