Le « miracle chinois » a deux moteurs : la tradition et le PCC

L’auteur de cet article, un diplomate indien retraité bien connu, n’a certainement rien d’un bolchevique à couteau entre les dents, mais il a eu la bonne idée de dépasser les réactions pavloviennes de rejet, voire de dégoût envers tout ce qui a trait de près ou de loin à la Chine entretenues par nos médias, pour nous livrer une analyse objective du fonctionnement et des réalisations du PCC, et de sa profonde inscription dans l’histoire et la culture traditionelle de la Chine. Quelles que soient les opinions que chacun puisse entretenir au sujet du « socialisme avec des caractéristiques chinoises », il marche comme suit.


Par M.K Bhadrakumar
Paru sur Indian Punchline sous le titre CPC transforms China as a world class power


C‘est le moment de relire Etoile rouge sur la Chine d’Edgar Snow, l’ouvrage classique sur la naissance du mouvement communiste en Chine. Aux côtés de Dix jours qui ébranlèrent le monde de John Reed, le récit saisissant de la révolution bolchevique, le livre d’Edgar Snow était une lecture obligatoire, lors du premier élan d’enthousiasme révolutionnaire étudiant.

Puis, inévitablement, le temps a fait son œuvre. Il existe un ouvrage célèbre, L’anatomie de la révolution (1939), de l’historien américain spécialiste de la France Crane Brinton, qui détaille les points communs des quatre grandes révolutions politiques – la révolution anglaise des années 1640, la révolution américaine, la révolution française et la révolution russe de 1917. Brinton avait conclu que les révolutions suivaient un cycle de vie allant de l’ordre ancien à un régime modéré, puis à un régime radical, jusqu’à une réaction thermidorienne.

Il comparait la dynamique des mouvements révolutionnaires à la progression d’une fièvre. Le livre de Brinton est paru une décennie entière avant la révolution chinoise. Cependant, bien que beaucoup d’eau ait coulé sous les ponts du Yang-tsé depuis que la « réaction thermidorienne » s’est installée, les notions à la fois dramatiques et didactiques que la Révolution a laissées en arrière en Chine suscitent toujours de vifs débats.

Il ne fait aucun doute que le Parti communiste chinois (PCC), dont le centenaire est tombé ce 1er juillet 2021, ait beaucoup à célébrer. Il aura fallu près de trois décennies après la révolution (1949) pour que le PCC se rende compte que le développement, et non l’idéologie, était la voie à suivre.

Selon les mots de Deng Xiaoping, « Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, du moment qu’il attrape des souris ». Ces mots historiques signalaient que la Chine changeait de cap et s’engageait dans une voie de développement radicalement nouvelle, et nécessaire pour répondre aux conditions réelles du pays à ce moment-là. La réforme et l’ouverture de Deng en 1978 ont libéré la Chine de sa camisole de force idéologique.

Lorsque Mao est mort en 1976, le PIB par habitant de la Chine était plus ou moins celui du Bangladesh. Aujourd’hui, les États-Unis sont très ennuyés par le fait que la Chine est d’ores et déjà la deuxième économie mondiale, et qu’elle est bien partie pour les dépasser avant la fin de cette décennie.

La Banque mondiale estime que le PCC a tiré 800 millions de personnes de la pauvreté absolue au cours des quatre décennies qui se sont écoulées depuis 1978, un exploit stupéfiant dans l’histoire de l’humanité. En 2012, Xi Jinping, en tant que nouveau Secrétaire général du Comité central du PCC, s’était engagé à ce que les 100 millions de personnes qui se trouvaient encore sous le seuil de pauvreté gravissent les échelons d’ici 2020. Il a tenu sa promesse en décembre dernier : la Chine est aujourd’hui entièrement sortie de la pauvreté.

Pour mener à bien le programme de lutte contre la pauvreté, de 2013 à 2020, le PCC a sélectionné et envoyé des secrétaires du Parti et des membres d’équipes de travail locales dans les zones rurales les plus reculées, afin d’identifier avec précision chaque famille pauvre et chaque village pauvre, et de mettre en œuvre des projets ciblés pour améliorer leur vie et leurs moyens de subsistance.

C’est précisément ce système unique Parti-État qui explique l’ascension fulgurante de la Chine. Le PCC est omnipotent en Chine et est devenu synonyme de nation, de société et de politique. En bref, le développement de la nation chinoise découle de la poursuite énergique des objectifs à long terme fixés par le PCC.

Le système du Parti repose sur des fonctionnaires éduqués et compétents qui ont accédé au sommet grâce à leur expérience de terrain dans plusieurs provinces. Cette expérience locale façonne leur vision nationale, ce qui rend la direction collégiale et favorise la recherche d’un consensus sur les grandes questions du pays.

En effet, ce système renforce la cohésion et assure la continuité du parti lors du passage d’une génération à la suivante. Le conclave annuel du PCC, dans la station balnéaire de Beidahe, témoigne à la fois de sa continuité et de ses capacités à opérer des changements ordonnés – ce qu’aucun autre parti communiste dans le monde ne pourrait égaler.

Le centenaire du PCC marque une percée historique de la Chine, qui dépasse de loin les prédictions de la plupart des observateurs étrangers. En un mot, le PCC a atteint le double objectif collectif de se débarrasser de la pauvreté, et de résister au harcèlement de certains pays étrangers.

Le PCC n’a pu y parvenir qu’en évitant le dogmatisme idéologique du marxisme-léninisme et en développant son « socialisme avec des caractéristiques chinoises » par un processus permanent d’expérimentation, d’innovation, de remises en question et de dépassement des erreurs. Sans aucun doute, le PCC a tiré les leçons appropriées de l’effondrement de l’Union soviétique.

Le PCC a compris que sa légitimité politique réside en fin de compte dans la construction d’une économie forte et dans l’augmentation constante du niveau de vie de la population, dans un climat de stabilité et de prévisibilité. Aujourd’hui, la nation déborde d’espoir de lendemains encore meilleurs.

Le PCC ne peut ni être classé dans une catégorie, ni comparé à un autre parti politique de l’histoire. Outre le nombre important de ses membres (95 millions), le parti est également unique dans ses attributs. En plus d’être une super force politique, il définit également la forme institutionnelle de la Chine et la forme de l’État. Contrairement à l’Occident où un parti ne peut espérer maintenir l’équilibre du pouvoir politique que pendant un certain temps, le CPC a entrepris la mission de diriger le peuple chinois génération après génération. De toute évidence, le Parti dépasse clairement le cadre cognitif fourni par les connaissances et l’expérience politiques occidentales.

Dans un éditorial publié hier, le People’s Daily écrit : « Dans les moments les plus critiques des temps modernes, les communistes chinois se sont tournés vers le marxisme-léninisme. En adaptant ses théories aux conditions réelles de la Chine, les communistes chinois ont revigoré la grande civilisation créée par la nation sur des milliers d’années, grâce à la puissance des vérités du marxisme. La civilisation chinoise a de nouveau brillé, avec sa formidable force spirituelle. Cent ans plus tard, le marxisme a profondément changé la Chine, et la Chine a également grandement enrichi le marxisme. Le PCC défend l’unité de l’émancipation de l’esprit et de la recherche de la vérité, ainsi que l’unité de la tradition et de l’innovation, et a constamment ouvert de nouveaux horizons au marxisme. »

Toutefois, la Chine n’est pas prescriptrice. La voie du PCC est définie par les fondations de la civilisation chinoise, vieille de plusieurs milliers d’années, qui imprime, dans la conscience collective, la signification particulière d’un système politique unifié, rejette la concurrence destructrice et les divisions régionales, et maintient la sécurité nationale de la société chinoise. La grande inclusivité de la société chinoise représentée par le PCC n’a pas d’équivalent dans le monde.

C’est pourquoi il est illusoire de penser que l’expérience politique occidentale peut transformer la Chine par la force. L’Occident est en déni sur la validité de l’exploration de sa propre voie de développement par la Chine. Pékin ne présente pas le PCC comme un modèle pour le reste du monde. Au contraire, les explorations du PCC sont menées sur le sol chinois et nulle part ailleurs, et le Parti s’inspire toujours seulement de sa propre expérience de la modernisation, ainsi que des ressources internes de la civilisation millénaire chinoise.

Alors, en quoi consiste cette « démangeaison » sur l’Indo-pacifique ? En clair, il s’agit de la manifestation d’une rivalité agressive née en partie de l’exceptionnalisme obsessionnel des États-Unis, mais surtout d’un sentiment croissant de jalousie et de malaise à l’idée qu’un autre pays progresse rapidement, ce qui pourrait sonner le glas de l’hégémonie mondiale des États-Unis.

Malgré toutes leurs bravades, le fait est que les États-Unis ont du mal à rivaliser avec l’économie dynamique, innovante et à croissance rapide de la Chine, qui est déjà numéro un mondial en termes de parité de pouvoir d’achat.

Le professeur Stephen Walt, de la Harvard Kennedy School a tweeté hier : « De nombreux experts américains en politique étrangère s’inquiètent de la montée en puissance de la Chine. Moi aussi. Mais combien de ces experts ont réfléchi au fait que la Chine n’a pas fait de guerres à des pays étrangers, tout en gagnant régulièrement en richesse, en puissance et en influence ? »

En substance, les États-Unis sont confrontés à une situation difficile qu’ils ont eux-mêmes créée. Les guerres et les interventions militaires inutiles ont drainé des milliers de milliards de dollars de ressources qui auraient pu être consacrées à la restauration et au renouvellement de l’infrastructure économique délabrée du pays, et à la résolution des conflits sociaux accumulés, tels que son racisme enraciné, sa violence, ses inégalités de richesse et ses disparités économiques, sans parler d’un système politique dysfonctionnel, avec des lois électorales dépassées au point de paralyser l’émancipation de la population.

Le discours prononcé hier par le président Xi à Pékin montre clairement que la Chine est déterminée à ne pas capituler devant les efforts d’intimidation des États-Unis. Comme il l’a dit, la nation chinoise ne porte dans ses gènes aucun trait agressif ou hégémonique, mais elle n’acceptera jamais les brimades étrangères ou les tentatives de suppression ou d’asservissement. En résumé, l’ « esprit fondateur » du PCC développé par les pionniers du communisme en Chine sera une force à prendre en considération, à l’avenir, dans la politique mondiale.

M.K. Bhadrakumar a travaillé au sein du corps diplomatique indien pendant 29 ans. Il a été ambassadeur de l’Inde en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). Il tient le blog Indian Punchline et contribue régulièrement aux colonnes d’Asia Times, du Hindu et du Deccan Herald. Il est basé à New Delhi.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Photo Yung-pin-Pao / Pixabay

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