USA-Liban : une politique de sanctions ratée

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre How U.S. Levant Policies Defeated Themselves


L‘hostilité des États-Unis envers « l’axe de la résistance » constitué par l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban a conduit à des objectifs contradictoires. Si les États-Unis veulent isoler la « résistance », ils veulent aussi conserver leur rôle dominant au Liban. Ces objectifs sont désormais en conflit. Les États-Unis se trouvent donc dans une situation où ils devront lever les sanctions contre la Syrie pour pouvoir concurrencer politiquement le Hezbollah au Liban.

Les États-Unis ont assiégé le Liban sur le plan économique, afin de faire pression pour qu’il se plie à leurs exigences :

A la suite de l’échec d’Israël à déstabiliser ou à vaincre le Hezbollah lors de la guerre de 2006, de la victoire de l’axe de la Résistance dans le conflit syrien et de la portée militaire et stratégique croissante du Hezbollah, les États-Unis ont mis en place une politique visant à affamer le Liban et à déstabiliser l’économie du pays. Le sac à malices de Washington est vide, sauf cette dernière arme de sanctions et d’état de siège.

Israël veut que les États-Unis fassent l’impossible : faire pression sur le Liban pour qu’il désarme le Hezbollah et reprenne les négociations sur la frontière contestée de la mer Méditerranée pour l’extraction du gaz.

Entre-temps, les Libanais ont perdu confiance dans un système bancaire qui a confisqué leurs économies il y a presque deux ans, et dans une banque centrale soutenue par les États-Unis qui a contribué à l’effondrement de la monnaie locale. Le gouvernement libanais en faillite a ensuite supprimé la plupart des subventions sur l’essence nécessaire au fonctionnement des hôpitaux, de l’électricité, des transports et des boulangeries.

Le pays n’a plus de réserves monétaires pour importer du pétrole ou de l’essence et pour produire de l’électricité. Les coupures de courant durent désormais 22 heures par jour. Il n’y a pas de gouvernement fonctionnel apte à résoudre ces problèmes.

Le Liban est donc plongé dans une récession profonde, au cours de laquelle le taux de pauvreté est passé de 40% à plus de 80%. Mais aucun politicien ou chef de faction libanais n’osera attaquer le Hezbollah, car il est trop puissant pour être battu. De même, personne, à l’exception peut-être d’Israël ou des États-Unis, ne souhaite que le Liban retourne à l’époque de sa guerre civile.

Le Hezbollah a aidé ses membres à traverser la crise en leur fournissant des aides alimentaires. Mais il ne pouvait pas soutenir tout le Liban. Ce que lui et ses amis en Syrie et en Iran pouvaient en revanche faire, c’est briser le siège que les États-Unis ont imposé au pays.

L’Iran avait proposé de fournir du pétrole au Liban en échange de lires libanaises (sans valeur). Mais le gouvernement libanais n’a pas accepté cette offre car les États-Unis l’avaient menacé de sanctions supplémentaires.

Le Hezbollah s’est engouffré dans la brèche. Trois pétroliers ont quitté l’Iran et sont en route pour la Syrie. Leur chargement sera raffiné dans une raffinerie syrienne. De là, le diesel et l’essence seront acheminés au Liban, où le Hezbollah organisera leur distribution.

Une fois cela révélé, et après que les pétroliers aient pris la route – protégés par la menace du Hezbollah d’attaquer quiconque les toucherait – les États-Unis ont dû contrer l’offre. Ils ne pouvaient plus soutenir leur prétention d’être des amis du Liban, alors qu’ils étaient perçus comme ne faisant rien pour aider le pays, pendant que le Hezbollah et l’Iran lui apportent un soutien réel.

Les États-Unis ont alors proposé un plan tarabiscoté. L’Égypte augmentera son approvisionnement en gaz naturel à destination de la Jordanie, où il sera utilisé pour produire de l’électricité, qui sera ensuite acheminée vers le Liban. On ne sait pas encore par qui ou comment cette électricité sera payée.

De plus, comme le Liban et la Jordanie n’ont pas de frontière commune, l’électricité devra être acheminée à travers la Syrie !

Le plan américain visant à apporter un soutien marginal au Liban nécessite donc une violation des sanctions américaines à l’encontre de la Syrie, et de son isolement diplomatique :

La Jordanie accueillera aujourd’hui une réunion des ministres de l’énergie de l’Égypte, de la Syrie et du Liban afin de discuter du transport du gaz égyptien vers le Liban pour la production d’électricité, a déclaré le radiodiffuseur public Mamlaka.

Les États-Unis sont en pourparlers avec l’Égypte et la Jordanie au sujet d’un plan visant à atténuer la crise de l’électricité au Liban, qui prévoit l’utilisation de gaz égyptien pour produire de l’électricité en Jordanie, laquelle serait envoyée via la Syrie.

Une délégation libanaise de haut niveau s’est rendue à Damas samedi pour ouvrir la voie au plan soutenu par les États-Unis visant à atténuer les pénuries d’électricité au Liban.

Les sanctions américaines à l’encontre de Damas compliquent tout effort visant à aider le Liban via la Syrie, mais des diplomates affirment que Washington étudie les moyens de surmonter de toute urgence ces obstacles.

Les États-Unis vont maintenant devoir lever les sanctions contre la Syrie pour gagner une guerre de relations publiques contre la résistance au Liban. Certains paiements devront également être effectués à la Syrie pour reconstruire les lignes électriques nécessaires qui ont été détruites pendant la guerre.

En poussant à l’imposition de sanctions et de blocus à quiconque n’est pas d’accord avec la vision « occidentale » du monde, les États-Unis ont fait capoter leurs propres objectifs politiques. Le risque que tout le Liban bascule du côté de la résistance les oblige maintenant à rompre leur politique de sanctions.

C’est une défaite diplomatique et une perte de face que peu de gens au Moyen-Orient oublieront de sitôt.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration Clker-Free-Vector-Images / Pixabay

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