Dans quel pays souhaitons-nous vivre ? Le cas de l’Australie

(Tweet : « Univers parallèle : Le Premier ministre australien se vante de l’amour des Australiens pour la liberté devant l’ONU, alors que la répression policière se poursuit dans son pays. »)

En Australie, la situation s’envenime à vue d’œil, avec des violences policières désormais quotidiennes et des législations de plus en plus invasives et liberticides imposées au prétexte de lutte contre le Covid-19. C’est loin, direz-vous, et ce n’est pas la France. A ceci près qu’aujourd’hui, les problématiques ne s’arrêtent plus aux frontières des pays : si ce nouveau « modèle de société » prend en Australie, rien n’empêchera les gouvernements de l’UE d’appliquer les mêmes recettes. Mieux vaut être prévenus et réagir tant qu’il en est encore temps.

Note : L’auteur est une journaliste australienne.


Par Caitlin Jonhstone
Paru sur le blog de l’auteur sous le titre Australians Need To Decide If This Is The Kind Of Country We Want To Live In From Now On


Beaucoup de choses ont changé pour les habitants de l’État de Victoria depuis que les confinements ont commencé. Nos modes de vie. Nos tours de taille. Les choses que nous considérions comme normales.

Et beaucoup de choses ont changé dans l’Etat de Victoria même depuis que nous sommes en confinement. Par exemple, avez-vous vu notre police récemment ?

Si ma mémoire est bonne, ils ressemblaient à quelque chose comme ça :

Mais aujourd’hui, nous voyons des policiers qui ressemblent à ça :

(Tweet : Scène de zone de guerre ? Melbourne aujourd’hui)

(Tweet : Quelle sorte de police c’est, ça ?)

(Tweet : la police de style militaire commence à Melbourne)

Et ils agissent autrement aussi. Ils tirent sur les manifestants avec des balles de caoutchouc et d’autres projectiles, à une fréquence alarmante, afin de mettre fin aux manifestations contre les fermetures, les confinements et les vaccins obligatoires du gouvernement, souvent sans autre raison que le fait que les manifestants leur désobéissent.

Le recours à la force par la police de l’État de Victoria doit officiellement être « raisonnable, nécessaire et proportionné à la menace posée par un incident ». Lorsque vous voyez un clip vidéo de manifestants de Melbourne qui se tiennent pacifiquement autour du Remembrance Shrine, et qui commencent à s’enfuir pour échapper au danger et se font tirer dessus dans le dos avec des armes sublétales alors qu’ils se retirent, par exemple, cela vous semble-t-il « raisonnable, nécessaire et proportionné à la menace posée par un incident » ?

(Tweet : Images brutes des deux dernières minutes de la manifestation au Remembrance Shrine. 22.09.21)

« Mais Caitlin ! » pourriez-vous objecter. « Ces gens sur lesquels ils tirent sont de mauvaises personnes ! Ce sont des gens de droite et des anti-vax ! Et ils manifestent sans permission ! »

D’accord, si vous ne voulez pas vous opposer à la brutalité policière par principe, sans en faire une affaire de positions idéologiques supposées de ses victimes, c’est votre droit. Mais vous ne pensez sûrement pas que la normalisation de ce type de violence va uniquement affecter les personnes avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord politiquement, n’est-ce pas ? Vous n’êtes sûrement pas assez naïf et narcissique pour croire que les nombreuses entorses au protocole normal de maintien de l’ordre que nous avons connues pendant ces manifestations disparaîtront lorsque vous, personnellement, ne les jugerez plus nécessaires ?

Parce que ce serait une chose stupide à croire. La façon dont la police traite les manifestants aujourd’hui est la façon dont elle va les traiter à l’avenir, à moins que nous ne fassions quelque chose. Et pour que quelque chose soit fait, nous allons d’abord devoir nous demander collectivement si demain, nous voulons vivre dans ce genre de pays ?

Voulons-nous vivre dans un pays où les manifestants se font tirer dessus avec des armes dangereuses quand la police décide qu’il est temps pour eux de partir ? Où les manifestations sont violemment réprimées si le gouvernement – nous sommes la seule soi-disant démocratie au monde sans aucune sorte de déclaration des droits, remarquez [*] – décide qu’ils n’ont pas la permission de manifester ? Où des stormtroopers armés jusqu’aux dents patrouillent dans les rues ? Où des gens sont appréhendés simplement pour avoir filmé la police ? Où la police se présente à votre porte pour vous interroger et vous demander si vous avez l’intention de participer à une manifestation, ou si vous connaissez quelqu’un qui l’envisage ?

Je comprends que les confinements et les passes vaccinaux sont encore des idées assez populaires ici, mais à quel moment dirons-nous non ? À quel moment devons-nous dire que ça suffit ? Quand ces politiques amènent des soldats à littéralement patrouiller dans les rues australiennes et à surveiller les frontières de l’État, quand certaines franges de la population sont effarées de voir une police anti-émeute lourdement armée exercer des abus qui seront certainement exercés de la même façon, à l’avenir, contre des manifestants d’autres causes, y compris la justice sociale ou environnementale, à partir du moment où leurs manifestations seront jugées non autorisées, cela vaut-il vraiment la peine de maintenir cette ligne ? Quelle part de son âme l’Australie est-elle prête à abandonner pour faire respecter les règles du Covid-19 ?

Quand est-ce trop loin devient vraiment trop loin ? Au vu des images qui ont circulé ces derniers jours, je dirais que « trop loin » est désormais dans notre rétroviseur. Il est temps de faire marche arrière et de commencer à dire non.

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel
Photo : Police à Melbourne /Twitter

[*] Note de la traduction : Caitlin Johnstone pense que la dégradation des libertés, en Australie, est due au fait que le pays n’a pas de déclaration ou de défenseur des droits, mais les atteintes aux libertés et les violences policières se sont multipliées aussi dans des pays qui ont ces recours, notamment dans l’UE. Les anciens mécanismes censés empêcher ces excès se sont, semble-t-il, largement avérés inopérants dans les « démocraties » libérales de l’Occident.

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