Faut-il craindre une guerre en Afrique du Nord ?

Par Robert Inlakesh
Paru sur RT sous le titre ‘It will not go unpunished’: a major war is brewing in North Africa


Une attaque qui, selon l’Algérie, « ne restera pas impunie » a tué trois ressortissants algériens en début de semaine, et Alger accuse désormais son voisin marocain d’en être l’auteur.

L’incident n’est que le dernier en date d’un conflit qui dure depuis des mois entre les deux pays d’Afrique du Nord, mais cette querelle, qui ne cesse de s’aggraver, pourrait rapidement prendre de l’ampleur et même déclencher une intervention occidentale.

Mercredi, le radiodiffuseur algérien Ennahar a déclaré que le 1er novembre, un « attentat barbare » avait visé un convoi de camions circulant entre Nouakchott et Ouargla, près de la frontière mauritanienne avec le Sahara occidental, un territoire actuellement occupé par le Maroc. L’attaque meurtrière, qui aurait tué trois civils algériens, a suscité la crainte d’une guerre entre les deux pays. Cette situation pourrait donner l’occasion à l’OTAN et à d’autres acteurs internationaux d’intervenir.

En août, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avait annoncé que son pays rompait ses relations diplomatiques avec le Royaume du Maroc, en invoquant des incidents de sécurité. Une semaine auparavant, le président algérien Abdelmadjid Tebboune avait affirmé devant une réunion du Conseil supérieur de sécurité du pays que « les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc ont rendu nécessaire une révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles de sécurité ».

De plus, le 31 octobre, l’Algérie a mis fin à son contrat gazier avec le Maroc, ce qui s’est produit un jour seulement avant l’attaque meurtrière imputée à Rabat. Alger fournissait auparavant du gaz à l’Espagne avec le Gazoduc Maghreb Europe (GME) via le Maroc. Selon le président Tebboune, la raison de la fin de leur contrat est due à la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, un événement qui, selon certains, pourrait plonger le pays dans une pénurie de gaz en quelques jours. Cela pourrait certainement être le motif de l’attaque du début de la semaine.

Début octobre, l’Algérie a également fermé son espace aérien à l’armée française et rappelé son ambassadeur à Paris. Une source gouvernementale algérienne avait alors déclaré à Reuters que le président français avait fait un certain nombre de commentaires incendiaires, dans le but, selon l’Algérie, de s’assurer le soutien de l’ « extrême droite ». Des tensions entre les deux nations ont toujours existé, la France étant l’ancienne puissance coloniale, et en cas de guerre avec le Maroc, il n’est pas inconcevable que la France soutienne une tentative de renversement du gouvernement algérien.

Une autre escalade significative s’est produite le 13 octobre dernier (impliquant cette fois une autre puissance étrangère), lorsque le diffuseur national algérien a annoncé que les forces de sécurité du pays avaient déjoué un complot visant à lancer une attaque terroriste dans le pays, qui aurait été soutenue par Israël.

La chaîne de télévision algérienne Ennahar TV avait déclaré à ce moment, « la Direction générale de la sécurité nationale a réussi à déjouer un complot qui remonte à 2014 », affirmant que « l’entité sioniste [Israël] » et un « pays d’Afrique du Nord » étaient derrière le complot visant à envoyer des séparatistes faire des dégâts à l’intérieur du territoire algérien. Il n’a jamais été annoncé publiquement quel pays d’Afrique du Nord était impliqué, mais beaucoup soupçonnent que cette déclaration visait le Maroc.

Depuis que le Royaume du Maroc a déclaré qu’il allait adhérer aux « Accords d’Abraham » et normaliser officiellement ses relations avec Israël, les tensions entre Rabat et Alger n’ont jamais été aussi fortes. Bien que le Maroc se défende de toute malveillance, l’Algérie a déclaré à plusieurs reprises qu’elle se sentait menacée par ce qu’elle appelle une « présence sioniste » à sa frontière.

En août dernier, alors que de grands incendies ravageaient le pays, 22 membres de groupes séparatistes ont été arrêtés par les autorités algériennes et accusés d’avoir intentionnellement allumé les feux. Le président algérien a accusé le groupe Rashad et le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), deux groupes désignés terroristes, d’être à l’origine des incendies et de recevoir « le soutien et l’aide de parties étrangères, notamment le Maroc et l’entité sioniste ».

En outre, selon le ministre algérien des affaires étrangères, les raisons de la rupture des liens diplomatiques entre Alger et Rabat sont des « actes d’espionnage massifs et systématiques » menés par le Maroc contre l’Algérie à l’aide du logiciel Pegasus du groupe israélien NSO, et l’accueil par le Maroc du ministre israélien des affaires étrangères Yair Lapid, qui a critiqué l’Algérie lors de sa visite.

Le Maroc, quant à lui, considère que l’Algérie soutient un groupe désigné organisation terroriste par le Royaume, le Front Polisario, qui cherche à établir un État séparé dans la zone du Sahara occidental, considérée comme contestée par les Nations unies. L’année dernière, en guise de cadeau de l’administration Trump pour son accord de normalisation avec Israël, le gouvernement américain a rompu avec le consensus international et a reconnu le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc.

En 1975, le Maroc a annexé le Sahara occidental, revendiqué par le Front Polisario comme appartenant à ses habitants natifs, le peuple sahraoui. Cette annexion a conduit à une guerre, au cours de laquelle le Front Polisario a commencé à recevoir le soutien de l’Algérie, ce qui se poursuit à ce jour. En 1991, un cessez-le-feu a été déclaré, qui s’est largement maintenu pendant près de trois décennies, jusqu’à l’année dernière. À la mi-octobre, le chef du Polisario, Brahim Ghali, a annoncé l’intention de son groupe d’intensifier ses attaques contre les forces marocaines.

Depuis la Guerre froide, l’Algérie et le Maroc ont toujours adopté des positions politiques opposées. Rabat s’est rangé du côté de Washington et de l’Occident, tandis qu’Alger s’est allié à Moscou et s’est inspiré du socialisme révolutionnaire. L’Algérie a toujours soutenu fermement le mouvement de libération nationale palestinien, tandis que le gouvernement marocain a poursuivi la normalisation avec Israël par diverses voies détournées. Si l’Occident considère l’Algérie comme une menace trop importante, tant sur le plan politique que sur celui de l’accès à l’Afrique et au flux de ses ressources, il n’est pas difficile d’imaginer une nouvelle tentative de changement de régime qui, si l’histoire régionale récente nous a appris quelque chose, serait désastreuse pour les peuples marocain et algérien.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration idem

[Mie à jour] Un drone turc employé par l’armée marocaine serait impliqué dans l’attaque du 1er novembre. A suivre.

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