La colonisation de l’espace et le mythe de la séparation : notes en marge de la bulle médiatique

Nous pensons pouvoir nous séparer de la Terre et nous envoler vers les étoiles. Icare le croyait aussi, à tort.

Le ciel ne se prend pas d’assaut.


Par Caitlin Johnstone
Paru sur le blog de l’auteur sous le titre Space Colonization And The Myth Of Separateness : Notes From The Edge Of The Narrative Matrix


Je suis assez âgée pour me souvenir des gens qui défendaient l’incarcération de Nelson Mandela en disant « C’est un criminel, il a trompé sa femme, des gens sont morts à cause de lui ! » Aujourd’hui, ils salissent Assange, mais l’histoire donnera raison à ses défenseurs. La seule question est de savoir dans combien de temps, et si cela le tuera dans l’intervalle ?

Je ne vois plus que des crétins lambda sans presque de followers qui dénigrent Assange en ligne. Avant, c’était des experts très influents qui s’en chargeaient. Presque tout le monde sait que son affaire est bidon à ce stade, même s’ils n’ont pas le courage de l’admettre.

Avez-vous entendu parler de l’univers virtuel conçu par des milliardaires, dans lequel les consommateurs se branchent sur un autre monde qui ressemble à une version fantaisiste et toute mimi de la vie réelle ? Ils l’appellent « actualités grand public ».

Nous sommes en 2031. Le ciel est rouge et nous vivons tous dans des cellules individuelles, mais nous ne le remarquons pas parce que nos lunettes Méta ne nous montrent que des Pokemon heureux qui essaient de nous vendre des accessoires numériques. Nous sommes en guerre contre la Chine, mais les informations ne parlent que de la controverse sur la question de savoir si Peppa Pig est une féministe abolitionniste.

Les diktats de vaccination du Covid-19 radicaliseront les travailleurs plus que la gauche occidentale actuelle ne le pourrait jamais.

Si vous vous exprimez contre les « antivax » plus que contre l’impérialisme occidental, alors ajoutez simplement un emoji macroniste à côté de votre nom sur Twitter, parce que vous êtes devenu un libéral sans valeur.

Le comportement global du gouvernement des États-Unis a changé d’un seul point de pourcentage depuis que Trump a quitté ses fonctions.

Si vous aviez vu une vidéo de moi regardant calmement un enfant se noyer dans une piscine et ne faisant rien pour l’aider, vous seriez-vous dit que je suis apte à être responsable du monde ? C’est dire à quel point il est bizarre de laisser des milliardaires qui pourraient mettre fin à la faim dans le monde à tout moment façonner notre société.

Tous les problèmes dont les partisans de la colonisation spatiale prétendent qu’elle les résoudra peuvent être abordés de manière bien plus réaliste par des changements sociopolitiques et des innovations technologiques orientés vers la protection et la préservation de la vie ici, sur Terre. La seule raison pour laquelle nous tenons pour acquis que l’humanité doit s’affranchir de l’écosystème terrestre pour survivre, c’est que nous partons du principe que la destruction inhérente au capitalisme est inéluctable. Or, il n’y a littéralement aucune raison de croire à cette inéluctabilité.

Nous avons développé des biais de perception par nécessité évolutive ; nos cortex préfrontaux récemment évolués nous ont donné une capacité sans précédent de pensée abstraite, mais cela, à soi seul, ne pouvait pas nous aider à progresser dans notre survie si nous ne nous considérions pas, en outre, comme distincts des tigres à dents de sabre, etc. En réalité, la biosphère n’est pas constituée de « choses » distinctes les unes des autres, pas plus qu’une tornade ou qu’un ouragan. Un organisme n’est qu’un processus, une entité en interaction permanente avec le reste de l’écosystème à tous les niveaux, en raison de son besoin de manger, de respirer, de boire, etc.

Nous sommes interconnectés avec cette planète d’une myriade de façons, dont beaucoup ne sont probablement pas encore connues, puisque nous n’avons jamais essayé de vivre indépendamment d’elle. Nos brèves visites dans l’espace n’ont été rien de plus que des excursions de plongée de luxe, qui dépendaient à 100 % des fournitures et du soutien provenant directement de la Terre.

Mais parce que nous sommes conditionnés à penser en termes d’une séparation qui n’existe pas dans la vie réelle, nous croyons être des choses séparées qui pourraient simplement s’envoler vers les étoiles. En réalité, c’est comme penser que vous pouvez séparer un tourbillon de la rivière dans laquelle il apparaît.

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel
Photo WikiImages / Pixabay

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