Kazakhstan : pourquoi l’alliance militaire menée par la Russie est intervenue

Paru sur RT sous le titre Why did Russia-led military bloc intervene in Kazakhstan?


Cinq alliés de l’OTSC ont envoyé des forces de maintien de la paix à la demande de Nur-Sultan, qui fait face à des troubles importants.

Une mission de maintien de la paix de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) a été déployée au Kazakhstan alors que le pays s’efforce de maîtriser la violence de rue. Voici les objectifs et la portée de cette mission multinationale.

Qu’est-ce que l’OTSC, précisément ?

Ce bloc de sécurité, composé de six anciens États soviétiques – l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan – a été formé en 1992, après l’effondrement de l’Union soviétique. L’Armée rouge ayant été reléguée aux oubliettes de l’histoire, l’Organisation du traité de sécurité collective s’est donnée pour mission d’assurer la sécurité de ses membres.

Le siège de l’organisation se trouve à Moscou, mais elle est présidée à tour de rôle par le dirigeant de chaque pays membre, dans le cadre de ce que l’on appelle une présidence tournante. Elle prend ses décisions sur une base consensuelle. Les participants organisent des exercices militaires conjoints chaque année et ne peuvent pas faire partie d’autres blocs militaires, comme l’OTAN dirigée par les États-Unis.

L’OTSC a déployé une mission conjointe de maintien de la paix au Kazakhstan cette semaine. Les unités de chaque pays sont arrivées séparément jeudi et vendredi.

Pourquoi le gouvernement du Kazakhstan a-t-il demandé des forces de maintien de la paix ?

Le président Kassym-Jomart Tokayev a demandé l’aide de l’OTSC mercredi, alors que de violents troubles secouaient le pays. Il a déclaré que cet appel à l’aide était « approprié et opportun », insistant sur le fait que les autorités n’étaient pas seulement confrontées à des manifestants, mais à une « menace terroriste » hautement organisée, visant à « saper l’intégrité territoriale » du Kazakhstan.

Des manifestations de masse fondées sur des griefs économiques ont commencé dans le pays au début de la nouvelle année, après une forte augmentation des prix du gaz de pétrole liquéfié. Cependant, malgré les concessions faites par le gouvernement, ces manifestations ont rapidement semblé être détournées par des groupes réclamant un changement de régime, ainsi que par des bandes d’émeutiers et de pillards violents. Les forces de l’ordre kazakhes se sont avérées incapables de faire face à l’escalade de la violence.

L’appel à l’aide a été accepté par l’OTSC quelques heures après l’appel de Tokayev. Tard dans la journée de mercredi, le président en exercice de l’alliance, le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan, a confirmé qu’une aide serait envoyée.

Tout cela est-il bien légal ?

Selon l’article 2 du traité de sécurité collective : « En cas de menace pour la sécurité, la stabilité, l’intégrité territoriale et la souveraineté d’un ou plusieurs États membres… les États membres déclenchent immédiatement le mécanisme de consultations conjointes… » Parallèlement, l’article 4 stipule qu’en cas de menace, « tous les autres États membres, à la demande de cet État membre, apportent immédiatement à ce dernier l’aide nécessaire, y compris une aide militaire. »

En réponse à l’appel du président Tokayev, les alliés ont tenu des pourparlers d’urgence et ont convenu conjointement qu’une intervention militaire (inscrite dans un accord de maintien de la paix distinct) était justifiée, les événements en cours au Kazakhstan constituant effectivement « une menace réelle pour la sécurité, la stabilité et l’intégrité territoriale du pays », selon le secrétaire général du bloc, Stanislav Zas.

Quels pays ont envoyé des troupes ?

Tous les membres de l’OTSC ont envoyé du personnel pour la mission de maintien de la paix. La force est composée d’environ 2 600 militaires au total.

Les soldats et le matériel russes ont été les premiers à arriver au Kazakhstan jeudi. La Biélorussie a déployé une force opérationnelle vendredi et l’a fait entrer dans le pays par voie aérienne via la Russie.

(Tweet : Des soldats de la paix tadjiks ont rejoint les forces de l’OTSC envoyées au Kazakhstan, alors que la crise du pays se poursuit.)

L’Arménie, le Kirghizstan et le Tadjikistan ont envoyé entre 100 et 200 militaires chacun, et ont également déployé du matériel militaire.

Cela signifie-t-il que les soldats russes vont combattre les émeutiers dans les rues ?

Le principal objectif de la force de maintien de la paix est de protéger « les installations gouvernementales et stratégiques importantes », a déclaré le secrétaire général de l’OTSC. Les soldats aideront également les forces locales à « maintenir l’ordre » dans le pays.

Le déploiement ne sera pas utilisé pour s’attaquer directement aux manifestants et aux émeutiers, et les tâches de maintien de l’ordre continueront d’être effectuées par la police locale, ont promis les responsables.

« Le personnel militaire des forces collectives de maintien de la paix de l’OTSC ne participe pas aux activités opérationnelles et de combat des forces de l’ordre locales et des unités de l’armée visant à établir l’ordre public dans le pays », a déclaré vendredi le ministère russe de la Défense.

Où les forces de maintien de la paix seront-elles déployées ?

Bien qu’aucune liste précise des « installations stratégiques » qui seront sécurisées par les soldats n’ait été fournie, les responsables militaires russes en ont révélé une poignée. Selon le porte-parole du ministère de la défense, le général de division Igor Konashenkov, les forces de maintien de la paix russes seront utilisés pour protéger les consulats du pays, ainsi que l’aéroport international d’Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan.

La Russie loue également au Kazakhstan plusieurs sites d’importance stratégique, comme le célèbre cosmodrome de Baïkonour. Bien qu’il n’ait pas été confirmé que des forces de maintien de la paix seraient déployés à Baïkonour, les autorités locales ont augmenté le niveau de « menace terroriste » et introduit certaines restrictions, et des patrouilles d’autodéfense ont été formées localement.

Combien de temps la mission est-elle censée durer ?

Les forces de maintien de la paix de l’OTSC resteront au Kazakhstan aussi longtemps que le pays aura besoin de leur aide, selon Zas. Aucune durée exacte de la mission n’a été communiquée, mais le personnel n’est censément déployé que pour une « courte période » dans le pays d’Asie centrale.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration : Drapeau de l’OTSC

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