Ukraine : quelle stratégie pour Poutine ?

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre A War In Ukraine Is Tactics – Putin Does Strategy


La montée en puissance des rumeurs de guerre imminente en Ukraine dans les médias occidentaux a été lancée il y a 64 jours, le 22 novembre :

Les États-Unis ont partagé avec leurs alliés européens des renseignements, notamment des cartes, qui montrent une accumulation de troupes et d’artillerie russes en vue d’une avancée rapide et à grande échelle en Ukraine à partir de plusieurs endroits, si le président Vladimir Poutine décidait d’envahir le pays, selon des personnes au fait de ces conversations.

Ces renseignements ont été transmis à certains membres de l’OTAN au cours de la semaine écoulée pour étayer les inquiétudes des États-Unis quant aux intentions éventuelles de Poutine, et épauler les efforts diplomatiques de plus en plus intenses déployés pour le dissuader de toute incursion, les dirigeants européens s’entretenant directement avec le président russe. Cette diplomatie s’appuie sur une évaluation américaine selon laquelle Poutine pourrait envisager une invasion au début de l’année prochaine, alors que ses troupes se massent à nouveau près de la frontière.

Rien ne s’est produit depuis, mais il n’y a eu aucun répit. [Selon un billet posté sur le site du colonel américain retraité Patrick Lang, NdT] :

L’ampleur et la portée des opérations d’information occidentales en ce moment sur l’Ukraine et la Russie éclipse à mon avis tout ce qui avait été fait pour préparer l’opinion à la deuxième invasion de l’Irak.

Même dans la modeste Australie, les médias commerciaux et publics diffusent quotidiennement des histoires sur les courageux Ukrainiens qui se préparent à une invasion russe imminente, et la presse écrite publie des articles de fond sur Poutine, qui tenterait de recréer les heures de gloire de Catherine la Grande et un nouvel empire russe, etc. Et puis il y a les histoires de braves membres de l’OTAN qui se précipitent pour aider la petite Ukraine. Je suis maintenant complètement effaré par l’ampleur et les biais évidents de cette couverture. Les médias sont totalement embarqués dans le train de la guerre.

La plupart de cette propagande est de la foutaise. Aujourd’hui, nous entendons parler d’un rappel des familles de diplomates américains et britanniques de Kiev, de promesses d’armes et d’argent supplémentaires à Kiev, de repositionnement des forces de l’OTAN, etc. Rien de tout cela n’aurait d’effet en cas de guerre. Mais tout est fait pour que cet élément reste en tête de l’actualité. Il s’agit sans aucun doute d’une campagne dirigée par la CIA/MI6.

Il n’y manque qu’une chose, et c’est la raison pour laquelle la Russie pourrait vouloir envahir l’Ukraine.

Pourtant, l’ancien ambassadeur M.K. Bhadrakumar pense que cela se produira pour des raisons stratégiques :

En fait, les États-Unis ont pris le dessus grâce à des efforts soutenus au cours des trois dernières décennies, depuis que l’administration de Bill Clinton a mis en place une stratégie concertée en prévision d’une résurgence rapide de la Russie. Maintenant que les États-Unis ont pris le dessus, ils sont peu enclins à le céder.

Du point de vue de Washington, il s’agit d’un modèle clé de la lutte géopolitique qui se déroule autour du nouvel ordre mondial, dans le cadre de la montée en puissance de la Chine et du passage de la dynamique du pouvoir de l’Ouest vers l’Est. Réduire l’importance de la Russie et être en mesure de l’intimider est une condition préalable à la lutte globale des États-Unis contre la Chine. Il suffit de dire que l’Ukraine est devenue un champ de bataille où se joue un véritable choc des titans.

L’objectif final de la Russie sera une Ukraine fédérée par le biais d’une réforme constitutionnelle, la souveraineté, l’unité nationale et l’intégrité territoriale du pays étant intactes, tandis que les régions jouiraient d’une autonomie. L’Europe pourrait s’en féliciter, car ce serait le meilleur moyen de stabiliser la situation et d’éliminer le risque de conflits futurs.

Peut-être bien. Il y a plusieurs fils de discussion sur la façon dont une telle invasion pourrait plausiblement se dérouler. Personne ne doute que la Russie l’emporterait militairement.

La Russie a de bonnes raisons d’envahir l’Ukraine, mais elle a aussi de bonnes raisons de ne pas le faire. Elle pourrait devenir un boulet au pied de la Russie.

L’objectif de la Russie est de modifier la position agressive que les États-Unis et leurs mandataires de l’OTAN adoptent à son égard.

L’invasion de l’Ukraine aurait l’effet inverse. Elle augmenterait le nombre de troupes dans les pays de l’OTAN d’Europe de l’Est et aurait un impact négatif sur la position stratégique de la Russie. Seul le complexe militaro-industriel et médiatique occidental en profiterait.

Je pense que la campagne médiatique « occidentale » actuelle est censée servir de couverture à une campagne militaire ukrainienne contre les provinces rebelles du Donbass.

(Tweet : Président Zelensky s’adressant au service de renseignement extérieur de l’Ukraine :

« Nous avons appris à contenir les menaces extérieures. Il est temps de commencer des actions offensives visant à sécuriser nos intérêts nationaux. Nos citoyens sont unis dans leur volonté de récupérer leur territoire. »)

La Russie doit être poussée soit à ne pas intervenir du tout dans la campagne ukrainienne, soit à intervenir par une invasion massive. Les deux solutions répondraient aux souhaits des États-Unis, bien que la première soit préférée. C’est pourquoi les États-Unis menacent la Russie de sanctions. (Des sanctions qui feraient passer le pétrole au-dessus de 100 $ le baril ? Des sanctions qui feraient plus de mal aux pays européens de l’OTAN et au marché boursier américain qu’à la Russie ?)

Le président russe Vladimir Poutine est un judoka, pas un boxeur.

Si le Donbass était attaqué, la Russie interviendrait certainement, mais elle peut le faire et le ferait probablement sans invasion. De l’artillerie et peut-être une campagne aérienne réduite suffiraient à détruire les attaquants ukrainiens.

Le tableau réel est bien plus vaste. La Russie veut obliger les États-Unis à adopter une position non agressive en Europe. Cela nécessite une menace envers les États-Unis eux-mêmes. Washington ne reviendra à la raison que lorsqu’elle pensera être directement menacée. Une menace qui serait imprévue et hautement visible.

C’est pourquoi je trouve cette nouvelle fascinante :

Vladimir Poutine a eu une conversation téléphonique avec le président de la République de Cuba Miguel Diaz-Canel Bermudez

24 janvier 2022 18:10

Les dirigeants ont eu un échange de vues approfondi sur la coopération bilatérale dans les domaines du commerce, de l’économie et des investissements. Le président cubain a remercié la Russie pour l’aide humanitaire fournie à la république, notamment dans le cadre de la lutte contre le COVID-19. Les présidents ont discuté de la poursuite de la coordination des actions de la Russie et de Cuba sur la scène internationale, conformément aux principes du partenariat stratégique et à leurs traditions d’amitié et de compréhension mutuelle.

Vladimir Poutine et Miguel Diaz-Canel Bermudez ont réaffirmé leur volonté de renforcer les relations bilatérales et sont convenus d’intensifier les contacts à différents niveaux.

Il y a cinq jours, un échange similaire a eu lieu avec le président du Venezuela :

Les dirigeants ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une coordination étroite dans les affaires internationales, conformément aux principes de partenariat stratégique qui sous-tendent leurs relations bilatérales.

Lorsque la Russie a remis à Washington deux projets de traités, elle a menacé de prendre des mesures « militaro-techniques » si les États-Unis rejetaient les demandes de la Russie. Je pense que c’est un code pour un déploiement de systèmes d’armes existants ou nouveaux.

Pendant la Guerre froide, le stationnement de missiles russes à Cuba avait contraint les États-Unis à retirer leurs missiles de Turquie et d’Italie. Rien d’autre n’avait fonctionné, mais les missiles à Cuba l’ont accompli.

Alors pourquoi ne pas tirer les leçons de l’histoire et répéter la démarche ?

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration PIRO4D / Pixabay

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