Pour punir la Russie, l’ordre libéral occidental fait une tentative de suicide

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre To Punish Russia The ‘Liberal Order’ Attempts To Suicide Itself


Il y a trois jours, nous avons vu pourquoi la Russie agit comme elle le fait :

La Russie a compris la remarque de Zelensky à Munich comme une menace de l’Ukraine d’acquérir des armes nucléaires. Elle a déjà l’expertise, les matériaux et les moyens pour le faire.

Un gouvernement contrôlé par des fascistes avec des armes nucléaires à la frontière de la Russie ? Cela n’a rien à voir avec Poutine ou pas Poutine. Aucun gouvernement russe, quel qu’il soit, ne pourrait jamais tolérer cela.

Je pense que cette menace crédible, ainsi que les préparatifs militaire pour une nouvelle guerre contre le Donbass, est ce qui a convaincu le gouvernement russe d’intervenir par la force.

L’ « Occident » n’a pas compris la nécessité pour la Russie d’agir. Il n’a pas réussi à prendre les engagements nécessaires, et à accepter les demandes raisonnables de la Russie, pour éviter le conflit. En conséquence, il va maintenant s’effondrer. La réaction pavolvienne de l’Occident à « l’opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine conduira, comme l’écrit Alastair Crooke, à la fin de « l’ordre libéral » :

Biden tient donc, enfin, son « succès » en politique étrangère : L’Europe s’est isolée de la Russie, de la Chine et du marché asiatique intégré émergent. Elle s’est libérée de sa « dépendance » à l’égard du gaz naturel russe (sans perspective d’alternative immédiate) et s’est ralliée au projet de Biden. Prochainement, l’UE s’apprêtera-t-elle à sanctionner la Chine ?

Cela va-t-il durer ? Cela semble peu probable. L’industrie allemande a une longue histoire de protection de ses propres intérêts mercantiles, devant ses ambitions géopolitiques plus générales – avant, même, les intérêts de l’UE. Et en Allemagne, la classe des industriels est en fait la classe politique et a besoin d’une énergie à prix compétitif.

Alors que le reste du monde montre peu ou pas d’enthousiasme à se joindre aux sanctions contre la Russie (la Chine a exclu toute sanction contre la Russie), l’Europe est en pleine hystérie. Celle-ci ne s’estompera pas rapidement. Le nouveau « rideau de fer » érigé à Bruxelles pourrait durer des années.

Mais qu’en est-il des conséquences imprévues de la « Blitzkrieg » de sanctions de samedi dernier : les « inconnus non connus », selon le célèbre mantra de Rumsfeld ? La mise hors circuit sans précédent d’un élément clé du système mondialiste ne s’est pas téléchargée dans un contexte neutre et inerte – elle s’est développée dans le contexte d’une atmosphère de russophobie affectivement hyperchargée.

Maintenant, la réalité revient en plein visage des laquais ineptes qui tentent de nous gouverner.

 

L’Europe ne peut pas tenir, la Russie peut :

En résumé, les changements proposés par Von der Leyen et l’UE, ainsi que l’augmentation des coûts du pétrole brut, pourraient faire basculer les marchés mondiaux dans une crise et déclencher une spirale inflationniste. L’inflation créée par la hausse des coûts de l’énergie et les perturbations alimentaires n’est pas facilement perméable aux remèdes monétaires. Si le drame quotidien de la guerre en Ukraine commence à s’estomper et que l’inflation persiste, le coût politique du drame de samedi de Von der Leyen sera probablement une récession à l’échelle européenne.

« Depuis bien avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les Européens se débattent sous le poids de factures énergétiques pharamineuses », note OilPrice.com. En Allemagne, pour certains, un mois d’énergie coûte le même prix qu’une année entière auparavant ; au Royaume-Uni, le gouvernement a augmenté le plafond des prix des factures d’énergie de 54%, et en Italie, une récente augmentation de 40% du coût de l’énergie domestique pourrait maintenant presque être doublée.

Le New York Times décrit l’impact sur les entreprises et les industries locales comme rien de moins qu’ « effrayant », car toutes sortes de petites entreprises à travers l’Europe (avant même les événements de la semaine dernière) avaient été contraintes de cesser leurs activités parce que les coûts énergétiques dépassaient leurs bénéfices. Les grandes entreprises n’ont pas non plus été épargnées par le choc des prix. « Près des deux tiers des 28 000 entreprises interrogées par l’Association des chambres de commerce et d’industrie allemandes ce mois-ci ont estimé que les prix de l’énergie constituaient l’un de leurs principaux risques commerciaux… Pour celles du secteur industriel, ce chiffre atteignait 85%. »

Et il ne s’agit pas seulement l’Europe. Les prix de l’énergie sont fondés sur les marchés mondiaux. Tout comme les prix de nombreux autres minéraux et métaux qui sont soudainement devenus rares :

Parts de la Russie dans les marchés d’exportation de palladium, diamants industriels, platine, nickel, aluminium, cobalt, cuivre, gas naturel, pétrole brut, produits pétroliers, graines de tournesol, blé, orge, seigle, avoine.

Les États-Unis seront touchés tout autant que l’Europe. Hier, le prix du pétrole en Europe a atteint 139 dollars le baril, soit bien plus que le prix de clôture de la semaine dernière. Il va encore augmenter. Le prix de l’essence aux États-Unis atteindra bientôt 6-7-8 dollars le gallon.

La tentative des États-Unis de se précipiter dans un nouvel accord avec l’Iran pour que le pétrole iranien inonde les marchés a échoué. La Russie, ainsi que l’Iran, ont réussi à bloquer cette initiative. Les sanctions imposées à la Russie signifient que l’Iran ne peut pas exporter son uranium enrichi vers la Russie pour le transformer en combustible nucléaire. Pas d’exportation iranienne d’uranium enrichi signifie pas d’accord JCPOA. Le secrétaire d’État Blinken n’a pas compris cela. Le retour à l’accord sur le nucléaire, censé être prêt à être signé, est maintenant en péril.

Certaines raffineries américaines de la côte sud sont conçues pour ne traiter que des variantes de pétrole lourd. Depuis 2019, les États-Unis ont bloqué les importations de pétrole lourd du Venezuela et les ont remplacées par des importations de variantes lourdes de l’Oural en provenance de Russie. Ils ont envoyé des officiels de haut rang à Caracas pour essayer de faire circuler à nouveau le pétrole vénézuélien. Pour cela, il faudrait bien sûr lever toutes les sanctions à l’encontre du Venezuela et rendre tous les avoirs confisqués de ses entreprises, ainsi que l’or appartenant à ce pays. Cela n’arrivera pas de sitôt.

Les voitures allemandes haut de gamme sont construites avec de l’aluminium provenant de Russie. Boeing a besoin de titane russe pour construire ses avions. Ces fabricants vont bientôt commencer à licencier des gens. Tout cela alors que les coûts de la nourriture, du chauffage et de la mobilité vont augmenter de façon spectaculaire. Une profonde récession combinée à une forte inflation va avoir raison de la cohésion sociale. Je m’attends à une forte colère dans les rues d’Europe et des États-Unis. Il y aura des émeutes et, par conséquent, un fort mouvement politique vers la droite. Aux USA, les élections de mi-mandat vont détruire les Démocrates russophobes.

Michael Hudson note les immenses dégâts stratégiques que les États-Unis se sont auto-infligés :

La récente escalade des sanctions américaines qui empêchent l’Europe, l’Asie et d’autres pays de commercer et d’investir avec la Russie, l’Iran et la Chine a imposé d’énormes coûts d’opportunité – le coût des occasions perdues – aux alliés des États-Unis. Et la récente confiscation de l’or et des réserves étrangères du Venezuela, de l’Afghanistan et maintenant de la Russie, ainsi que la saisie ciblée des comptes bancaires de riches étrangers (dans l’espoir de les rallier à la cause de l’Occident, en même temps qu’ils récupéreront leurs comptes séquestrés), a mis fin à l’idée selon laquelle les avoirs en dollars ou dans les monnaies, livre sterling et euro, des satellites de l’OTAN sont un refuge d’investissement sûr lorsque les conditions économiques mondiales deviennent chancelantes.

Je suis donc quelque peu déçu de voir la vitesse à laquelle ce système financiarisé centré sur les États-Unis s’est dédollarisé, en l’espace d’un an ou deux. Le thème de base de mon livre Super Impérialism porte sur la façon dont, au cours des cinquante dernières années, l’étalon des bons du Trésor américain a canalisé l’épargne étrangère vers les marchés financiers et les banques américaines, laissant libre cours à la diplomatie du dollar. Je pensais que la dédollarisation serait menée par la Chine et la Russie, qui prendraient le contrôle de leurs économies pour éviter le type de polarisation financière responsable de l’austérité aux États-Unis. Mais les responsables américains les obligent à surmonter les hésitations qu’ils avaient à se dédollariser.

Cela ne se produira pas seulement avec la Chine ou la Russie, mais le monde entier se détournera du système dollarisé des États-Unis au cours des prochaines années :

Personne ne pensait que l’ordre mondial de l’après-guerre 1945-2020 céderait aussi vite. Un ordre économique international véritablement nouveau est en train d’émerger, même si l’on ne sait pas encore exactement quelle forme il prendra. Mais « harceler l’ours » avec la confrontation États-Unis/OTAN avec la Russie a dépassé la masse critique. Il ne s’agit plus seulement de l’Ukraine. Ce n’est que le déclencheur, un catalyseur qui éloignera une grande partie du monde de l’orbite des États-Unis et de l’OTAN.

La prochaine épreuve de force pourrait avoir lieu en Europe même, lorsque des politiciens nationalistes chercheront à s’affranchir de la mainmise excessive des États-Unis sur leurs alliés européens, exercée dans le but de les maintenir dans la dépendance du commerce et des investissements centrés sur les États-Unis. Le prix de leur obéissance est d’imposer une inflation des coûts à leur industrie tout en soumettant leurs politiques électorales démocratiques aux proconsuls américains de l’OTAN.

Ces conséquences ne peuvent pas vraiment être considérées comme « imprévues ».

Toutes les conséquences de la réaction de l’ « Occident » à la décision de la Russie étaient prévisibles. C’est la pure imprudence et la stupidité qui ont permis qu’elles se produisent. L’ « Occident » va maintenant être puni pour le mauvais film qu’il s’est joué.

« Le Comique », un film des réalisateurs de l’Irak, la Syrie et l’Afghanistan et des producteurs de Conflits mondiaux. Un film de Joe l’endormi basé sur un roman de Zbigniew Brzezinski. Les USA en association avec le UK, le Canada, l’Australie, la Pologne, la France, l’Allemagne et Israël présentent « Le Comique ». Casting Les Ukrainiens, Production Designer le Pentagone, Directeur de la photographie Whitehall, Producteur exécutif Union Européenne.

Dommage que je ne parle pas russe… C’est maintenant l’endroit où il faut être.

(La Russie a déjà été privée de CNN, de Pornhub et de Facebook. Les États-Unis s’emploient maintenant à priver les Russes de MacDonalds et de Coca-Cola. S’ils continuent avec ces sanctions, les Russes seront bientôt parmi les personnes les plus saines, les plus équilibrées et les mieux informées de la planète.)

Traduction Corinne Autey-Roussel
Photo Gerd Altmann / Pixabay

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