Le tsar de la géo-économie Sergueï Glazyev présente le nouveau système monétaire mondial

Il est encore impossible de savoir comment le changement de paradigme géo-économique en cours dont il sera question ici se traduira dans nos vies quotidiennes, mais une chose est sûre : le monde change, et nous commencerons à en ressentir les effets au cours des cinq à dix années à venir… ou du moins en sera-t-il ainsi dans les pays qui échappent à l’influence délétère du capitalisme « de casino » de Washington.


Interview par Pepe Escobar pour The Cradle
Paru sur The Cradle sous le titre Russian geoeconomics Tzar Sergei Glazyev introduces the new global financial system


Selon l’éminent économiste russe Sergey Glazyev, une refonte complète du système monétaire et financier mondial dominé par l’Occident est en cours. Et les puissances émergentes du monde y adhèrent. Le nouveau système monétaire mondial en cours d’élaboration sera soutenu par une monnaie numérique adossée à un panier de nouvelles monnaies étrangères et de ressources naturelles. Et il libérera le Sud émergent de la dette occidentale et de l’austérité imposées par le FMI.

Sergey Glazyev est un homme qui vit en plein dans l’œil de notre cyclone géopolitique et géo-économique actuel. L’un des économistes les plus influents au monde, membre de l’Académie des sciences russe et ancien conseiller du Kremlin de 2012 à 2019, il dirige depuis trois ans un portefeuille archi-stratégique de Moscou en tant que ministre chargé de l’intégration et de la macroéconomie de l’Union économique eurasienne (UEEA).

La production intellectuelle récente de Glazyev a été tout bonnement visionnaire, comme en témoignent son essai Sanctions et souveraineté et son exposé du nouveau paradigme géo-économique émergent dans une interview accordée à un magazine économique russe.

Dans un autre de ses récents essais, Glazyev explique, « j’ai grandi à Zaporojié, près de laquelle de violents combats ont lieu actuellement dans le but de détruire les nazis ukrainiens, qui n’existaient pas dans ma petite patrie. J’ai étudié dans une école ukrainienne et je connais bien la littérature et la langue ukrainiennes, qui, d’un point de vue scientifique, sont un dialecte du russe. Je n’avais rien remarqué de russophobe dans la culture ukrainienne. Pendant les 17 années de ma vie à Zaporojié, je n’ai jamais rencontré un seul banderiste. » [1]

Glazyev a eu la gentillesse de prendre un peu de temps sur son emploi du temps chargé pour répondre en détail à une première série de questions dans ce qui devrait devenir une conversation récurrente, particulièrement axée sur le Sud émergent. Il s’agit de sa première interview accordée à une publication étrangère depuis le début de l’Opération Z. Merci à Alexey Subottin pour la traduction russe-anglais.

The Cradle : Vous êtes à l’avant-garde d’un développement géoéconomique qui changera la donne mondiale : la conception d’un nouveau système monétaire/financier via une association entre l’UEEA et la Chine, contournant le dollar américain, avec un projet en cours de complétion. Pourriez-vous nous présenter certaines des caractéristiques de ce système – qui n’est certainement pas un Bretton Woods III – mais qui semble être une alternative claire au consensus de Washington, et très soucieuse des besoins du Sud émergent?

Glazyev : Dans un accès d’hystérie russophobe, l’élite dirigeante des États-Unis a joué son dernier « atout » dans la guerre hybride contre la Russie. Avec le « gel » des réserves de change russes sur les comptes de dépôt des banques centrales occidentales, les régulateurs financiers des États-Unis, de l’UE et du Royaume-Uni ont sapé le statut du dollar, de l’euro et de la livre en tant que monnaies de réserve mondiales. En effet, cette mesure a fortement accéléré le démantèlement de l’ordre économique mondial fondé sur le dollar qui était déjà en cours.

Il y a plus de dix ans, mes collègues du Forum économique d’Astana et moi-même avions proposé d’opérer une transition vers un nouveau système économique mondial fondé sur une nouvelle monnaie d’échange synthétique basée sur un indice des monnaies des pays participants. Plus tard, nous avons proposé d’élargir le panier de devises sous-jacent en y ajoutant une vingtaine de matières premières négociées en bourse. Une unité monétaire fondée sur un tel panier élargi a été modélisée mathématiquement et a démontré un haut degré de résilience et de stabilité.

À peu près au même moment, nous avons proposé de créer une vaste coalition internationale de résistance dans la guerre hybride pour la domination mondiale que l’élite financière et du pouvoir des États-Unis a déclenchée contre les pays qui restaient hors de son contrôle. Mon livre La dernière guerre mondiale : les États-Unis vont agir et perdre, publié en 2016, expliquait scientifiquement la nature de cette guerre à venir et exposait son caractère inévitable – une conclusion fondée sur les lois objectives du développement économique à long terme. Sur la base de ces mêmes lois objectives, le livre concluait à l’inévitabilité d’une défaite de l’ancienne puissance dominante.

Actuellement, les États-Unis se battent pour maintenir leur domination, mais tout comme la Grande-Bretagne auparavant, qui a provoqué deux guerres mondiales mais n’a pas pu conserver son empire et sa position centrale dans le monde en raison de l’obsolescence de son système économique colonial, ils sont voués à échouer. Le système économique colonial britannique fondé sur l’esclavage a été dépassé par les systèmes économiques structurellement plus efficaces des États-Unis et de l’URSS. Les États-Unis et l’URSS étaient tous deux plus efficaces dans la gestion du capital humain au sein de systèmes verticalement intégrés, qui divisaient le monde en zones d’influence. Une transition vers un nouvel ordre économique mondial a commencé après la désintégration de l’URSS. Cette transition arrive maintenant à son terme avec la désintégration imminente du système économique fondé sur le dollar, qui a servi de base à la domination mondiale des États-Unis.

Le nouveau système économique convergent qui a émergé en RPC (République populaire de Chine) et en Inde est la prochaine étape inévitable du développement, avec sa combinaison des avantages de la planification stratégique centralisée et de l’économie de marché, ainsi que du contrôle étatique de l’infrastructure monétaire et physique, et de l’esprit d’entreprise. Le nouveau système économique a uni les différentes couches de leurs sociétés respectives autour de l’objectif d’accroître le bien-être commun d’une manière sensiblement plus accentuée que les alternatives anglo-saxonnes et européennes. C’est la principale raison pour laquelle Washington ne sera pas en mesure de gagner la guerre hybride mondiale qu’il a déclenchée. C’est aussi la principale raison pour laquelle le système financier mondial actuel, centré sur le dollar, sera remplacé par un nouveau système, fondé sur un consensus des pays qui rejoindront le nouvel ordre économique mondial.

Dans la première phase de la transition, ces pays se rabattent sur l’utilisation de leurs monnaies nationales et de leurs mécanismes de compensation, soutenus par des échanges bilatéraux de devises. À ce stade, la formation des prix est encore principalement déterminée par les prix des différentes bourses, libellés en dollars. Cette phase est presque terminée : après le « gel » des réserves de dollars, d’euros, de livres et de yens de la Russie, il est peu probable qu’un pays souverain continue à accumuler des réserves dans ces monnaies. Dans l’immédiat, les monnaies nationales et l’or les remplacent.

La deuxième étape de la transition impliquera de nouveaux mécanismes de tarification qui ne font pas référence au dollar. La formation des prix dans les monnaies nationales implique des frais généraux substantiels, mais elle restera plus attractive que la fixation des prix dans des monnaies « non ancrées » et traîtresses comme le dollar, la livre, l’euro et le yen. La seule monnaie mondiale candidate restante – le yuan – ne prendra pas leur place en raison de son inconvertibilité et de l’accès externe restreint aux marchés de capitaux chinois. L’utilisation de l’or comme référence de prix est limitée par les inconvénients de son utilisation pour les paiements.

La troisième et dernière étape de la transition vers le nouvel ordre économique impliquera la création d’une nouvelle monnaie numérique fondée sur un accord international reposant sur des principes de transparence, d’équité, de bonne volonté et d’efficacité. Je m’attends à ce que le modèle que nous avons développé d’une unité monétaire de ce type jouera son rôle, à ce stade. Une telle monnaie peut être émise par un panier de réserves monétaires des BRICS, auquel tous les pays intéressés pourront adhérer. Le poids de chaque monnaie dans le panier pourrait être proportionnel au PIB de chaque pays (sur la base de la parité du pouvoir d’achat, par exemple), à sa part dans le commerce international, ainsi qu’à la taille de la population et du territoire des pays participants.

En outre, le panier pourrait contenir un indice des prix des principales matières premières négociées en bourse : or et autres métaux précieux, principaux métaux industriels, hydrocarbures, céréales, sucre, ainsi que l’eau et autres ressources naturelles. Pour soutenir la monnaie et la rendre plus résistante, des réserves de ressources internationales pertinentes peuvent être créées en temps voulu. Cette nouvelle monnaie serait utilisée exclusivement pour les paiements transfrontaliers et émise en faveur des pays participants sur la base d’une formule prédéfinie. Les pays participants utiliseraient plutôt leurs monnaies nationales pour la création de crédits, afin de financer les investissements nationaux et l’industrie, ainsi que pour les réserves de richesse souveraine. Les flux transfrontaliers du compte de capital resteraient régis par les réglementations relatives aux monnaies nationales.

The Cradle : Michael Hudson demande spécifiquement si ce nouveau système permet aux nations du Sud de suspendre la dette dollarisée ? Est-il basé sur la capacité à payer (en devises étrangères) ? Ces prêts peuvent-ils être liés à des matières premières ou, pour la Chine, à une participation tangible dans les infrastructures financées par le crédit étranger non dollar ?

Glazyev : La transition vers le nouvel ordre économique mondial sera probablement accompagnée d’un refus systématique d’honorer les obligations en dollars, en euros, en livres et en yens. À cet égard, elle ne sera pas différente de l’exemple donné par les pays émetteurs de ces monnaies, qui ont jugé bon de voler les réserves de change de l’Irak, de l’Iran, du Venezuela, de l’Afghanistan et de la Russie à hauteur de milliers de milliards de dollars. Puisque les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union Européenne et le Japon ont refusé d’honorer leurs obligations et ont confisqué les richesses des autres nations détenues dans leurs devises, pourquoi les autres pays devraient-ils être obligés de les rembourser et d’honorer leurs prêts ?

En tout état de cause, la participation au nouveau système économique ne sera pas limitée par les obligations de l’ancien système. Les pays du Sud émergent peuvent être des participants à part entière du nouveau système, quelles que soient leurs dettes accumulées en dollars, en euros, en livres et en yens. Même s’ils devaient manquer à leurs obligations dans ces monnaies, cela n’aurait aucune incidence sur leur cote de crédit dans le nouveau système financier. De même, la nationalisation de l’industrie extractive ne provoquerait pas de perturbation. En outre, si ces pays réservaient une partie de leurs ressources naturelles pour soutenir le nouveau système économique, leur poids respectif dans le panier de devises de la nouvelle unité monétaire augmenterait en conséquence, ce qui permettrait à cette nation de disposer de réserves de devises et d’une capacité de crédit plus importantes. En outre, des lignes de swap bilatérales avec les pays partenaires commerciaux leur fourniraient un financement adéquat pour les co-investissements et le financement du commerce.

The Cradle : Dans l’un de vos derniers essais, L’Economie de la victoire russe, vous appelez à « la formation accélérée d’un nouveau paradigme technologique et à la formation des institutions d’un nouvel ordre économique mondial ». Parmi les recommandations, vous proposez spécifiquement la création « d’un système de paiement et de règlement dans les monnaies nationales des États membres de l’UEEA » et le développement et la mise en œuvre « d’un système indépendant de règlements internationaux dans l’UEEA, l’OCS et les BRICS, qui pourrait éliminer leur dépendance critique au système SWIFT contrôlé par les États-Unis. » Est-il possible de prévoir un effort conjoint concerté de l’UEEA et de la Chine pour « vendre » le nouveau système aux membres de l’OCS, aux autres membres des BRICS, aux membres de l’ASEAN et aux nations d’Asie occidentale [le Moyen-Orient, NdT], d’Afrique et d’Amérique latine ? Et cela débouchera-t-il sur une géoéconomie bipolaire – l’Occident contre tous les autres ?

Glazyev : En effet, c’est la direction que nous prenons. Il est décevant de constater que les autorités monétaires de la Russie font toujours partie du paradigme de Washington [2] et jouent selon les règles du système basé sur le dollar, même après que les réserves de change russes aient été capturées par l’Occident. Les « agents d’influence » occidentaux contrôlent toujours les banques centrales de la plupart des pays, les obligeant à appliquer les politiques suicidaires prescrites par le FMI. Or, à ce stade, ces politiques sont si manifestement contraires aux intérêts nationaux de ces pays non occidentaux que leurs autorités s’inquiètent à juste titre de leur sécurité financière.

Vous soulignez à juste titre les rôles potentiellement centraux de la Chine et de la Russie dans la genèse du nouvel ordre économique mondial. Malheureusement, la direction actuelle de la BCR (Banque centrale de Russie) reste coincée dans le cul-de-sac intellectuel du paradigme de Washington et est incapable de devenir un partenaire fondateur dans la création d’un nouveau cadre économique et financier mondial. Dans le même temps, la BCR a déjà dû faire face à la réalité, et créer un système national de messagerie interbancaire qui ne dépend pas de SWIFT, et l’a également ouvert aux banques étrangères.

Des lignes de swap inter-devises ont déjà été mises en place avec les principales nations participantes. La plupart des transactions entre les États membres de l’UEEA sont déjà libellées dans les monnaies nationales et la part de ces dernières dans le commerce intérieur augmente à un rythme rapide.

Une transition similaire est en cours dans les échanges avec la Chine, l’Iran et la Turquie. L’Inde a indiqué qu’elle était prête à passer également à des paiements en monnaies nationales. Beaucoup d’efforts sont déployés pour développer des mécanismes de compensation pour les paiements en monnaie nationale. Parallèlement, des efforts sont en cours pour développer un système de paiement numérique non bancaire, qui serait lié à l’or et à d’autres matières premières négociées en bourse – les « stablecoins ».

Les récentes sanctions américaines et européennes imposées aux circuits bancaires ont entraîné une augmentation rapide de ces efforts. Le groupe de pays travaillant sur le nouveau système financier n’a plus qu’à annoncer l’achèvement du cadre et la préparation de la nouvelle monnaie commerciale, et le processus de formation du nouvel ordre financier mondial s’accélérera encore à partir de là. La meilleure façon de le faire serait de l’annoncer lors d’une des réunions régulières de l’OCS ou des BRICS. Nous y travaillons.

The Cradle : C’est une question absolument essentielle dans les discussions des analystes indépendants à travers l’Occident. Est-il vrai que la Banque centrale russe conseillait aux producteurs d’or russes de vendre leur or sur le marché de Londres pour obtenir un prix plus élevé que celui que le gouvernement ou la Banque centrale russe paierait ? Personne n’avait-il anticipé que la future alternative au dollar américain devrait être basée en grande partie sur l’or ? Comment qualifieriez-vous ce qui s’est passé ? Quels dommages concrets cela a-t-il infligé à l’économie russe à court et à moyen terme ?

Glazyev : La politique monétaire de la BCR, mise en œuvre conformément aux recommandations du FMI, a été dévastatrice pour l’économie russe. Les désastres combinés du « gel » d’environ 400 milliards de dollars de réserves de change et de plus de mille milliards de dollars siphonnés de l’économie par les oligarques vers des destinations offshore occidentales, se sont produits dans le contexte de politiques tout aussi désastreuses de la BCR, qui comprenaient des taux réels excessivement élevés combinés à un flottement géré du taux de change. Nous estimons que cela a entraîné un sous-investissement d’environ 20 000 milliards de roubles et une sous-production de biens d’environ 50 000 milliards de roubles.

Suivant les recommandations de Washington, la BCR a cessé d’acheter de l’or au cours des deux dernières années, obligeant de fait les mineurs d’or nationaux à exporter la totalité de leur production, soit 500 tonnes d’or. De nos jours, l’erreur et le préjudice qu’elle a causé sont tout à fait évidents. Actuellement, la BCR a repris ses achats d’or et, espérons-le, poursuivra ses politiques saines dans l’intérêt de l’économie nationale, au lieu de « cibler l’inflation » au profit des spéculateurs internationaux, comme cela a été le cas au cours de la dernière décennie.

The Cradle : Ni la Fed, ni la BCE n’ont été consultées préalablement au gel des réserves étrangères russes. Il se dit à New York et à Francfort qu’elles s’y seraient opposées si on leur avait demandé. Vous attendiez-vous personnellement à ce gel ? Et les dirigeants russes s’y attendaient-ils ?

Glazyev : Mon livre La Dernière guerre mondiale déjà mentionné, qui a été publié en 2016, soutenait que la probabilité d’une telle action était très élevée. Dans cette guerre hybride, la guerre économique et la guerre informationnelle/cognitive sont les théâtres clés du conflit. Sur ces deux fronts, les États-Unis et les pays de l’OTAN disposent d’une supériorité écrasante et je ne doutais pas qu’ils en tireraient pleinement parti en temps voulu.

Je plaide depuis longtemps pour le remplacement des dollars, des euros, des livres et des yens dans nos réserves de change par de l’or, qui est produit en abondance en Russie. Malheureusement, les agents d’influence occidentaux qui occupent des rôles clés dans les banques centrales de la plupart des pays, ainsi que dans les agences de notation et les principales publications, ont réussi à occulter mes idées. Pour vous donner un exemple, je ne doute pas que des fonctionnaires de haut rang de la Fed et de la BCE aient participé à l’élaboration des sanctions financières anti-russes. Ces sanctions n’ont pas cessé de s’intensifier et sont mises en œuvre presque instantanément, malgré les difficultés bien connues de la prise de décision bureaucratique dans l’UE.

The Cradle : Elvira Nabiullina a été reconduite à la tête de la Banque centrale russe. Que feriez-vous différemment, par rapport à ses précédentes actions ? Quel est le principal principe directeur de vos différentes approches ?

Glazyev : La différence entre nos approches est très simple. Ses politiques sont une mise en œuvre orthodoxe des recommandations du FMI et des dogmes du paradigme de Washington, tandis que mes recommandations sont fondées sur la méthode scientifique et les preuves empiriques accumulées au cours des cent dernières années dans les principaux pays.

The Cradle : Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine semble de plus en plus infrangible, comme le réaffirment constamment les présidents Poutine et Xi eux-mêmes. Mais des voix s’élèvent contre lui, non seulement à l’Ouest mais aussi dans certains cercles politiques russes. Dans cette conjoncture historique extrêmement délicate, dans quelle mesure la Chine est-elle un allié fiable pour la Russie ?

Glazyev : Le fondement du partenariat stratégique russo-chinois est le bon sens, les intérêts communs et l’expérience de la coopération depuis des centaines d’années. L’élite dirigeante américaine a lancé une guerre hybride mondiale visant à défendre sa position hégémonique, en ciblant la Chine comme principal concurrent économique et la Russie comme principale force de contrepoids. Au départ, les efforts géopolitiques des États-Unis visaient à créer un conflit entre la Russie et la Chine. Les agents de l’influence occidentale amplifiaient les idées d’ordre xénophobe dans nos médias et bloquaient toute tentative de transition vers des paiements en monnaies nationales. Du côté chinois, les agents d’influence occidentale poussaient le gouvernement à se plier aux exigences des intérêts américains.

Cependant, les intérêts souverains de la Russie et de la Chine ont logiquement conduit à leur partenariat stratégique et à leur coopération croissants, afin de faire face aux menaces communes émanant de Washington. La guerre américaine des taxes douanières contre la Chine et la guerre des sanctions financières contre la Russie ont validé ces préoccupations et démontré le danger clair et présent auquel nos deux pays sont confrontés. Des intérêts communs de survie et de résistance unissent la Chine et la Russie, et nos deux pays sont largement symbiotiques sur le plan économique. Ils se complètent et accroissent leurs avantages concurrentiels respectifs. Ces intérêts communs persisteront sur le long terme.

Le gouvernement et le peuple chinois se souviennent très bien du rôle de l’Union Soviétique dans la libération de leur pays de l’occupation japonaise et dans l’industrialisation de la Chine après la guerre. Nos deux pays ont une base historique solide pour un partenariat stratégique et nous sommes destinés à coopérer étroitement dans notre intérêt commun. J’espère que le partenariat stratégique entre la Russie et la RPC, qui est renforcé par le couplage de l’initiative « Belt and Road » et de l’Union économique eurasienne, deviendra le fondement du projet du président Vladimir Poutine de grand partenariat eurasien, et le noyau du nouvel ordre économique mondial.

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel
Illustration The Cradle

Notes de la traduction :

[1] Effectivement, d’où sortent les « banderistes » néo-nazis ukrainiens ? Toute l’Ukraine, y compris le bastion néo-nazi Lviv en Galicie, a fait partie de l’URSS pendant les quelques 70 ans de son existence. Or, le nazisme était un tabou absolu dans l’ancienne Union Soviétique, à cause de ses 25 millions de citoyens tués au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Quand une idéologie n’est pas socialement acceptable, elle est absente : aucun nazi, de type « néo » ou de quelque sorte que ce soit, n’aurait pu y exister. Ils ont donc été façonnés, leurs esprits dévoyés dans la pire des directions après la chute de l’URSS, fin 1991, suivie de l’installation des Occidentaux et de leur propagande dans les pays de l’espace post-soviétique, avec une émergence au grand jour lors du coup d’Etat du Maïdan en 2014, c’est-à-dire en l’espace de seulement vingt-trois ans. La question est, comment est-il possible de fabriquer une menace aussi lourde en aussi peu de temps ? C’est une vraie question à soumettre à nos socio-psychologues.

[2] La Banque centrale russe a été rendue « indépendante » et intégrée au système bancaire occidental dès la chute de l’URSS, le 20 décembre 1991. Elle n’a toujours pas été renationalisée, ce qui fait grincer bien des dents en Russie.

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