Ukraine – Rapport de situation

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Ukraine – Railway Hits, U.S. War Aims, Ops Report


Jeudi dernier a eu lieu la première destruction de ponts le long des voies ferrées ukrainiennes dans l’est du pays. Ces voies étaient importantes pour l’effort de guerre de l’Ukraine, et notamment pour le réapprovisionnement qui circule de l’ouest vers le front oriental :

 

L’armée ukrainienne, comme celle de la Russie, dépend des chemins de fer pour tous les approvisionnements à longue distance, car toutes deux disposent de relativement peu de camions logistiques.

Les États-Unis et d’autres pays ont déclaré qu’ils fourniraient à l’Ukraine des dizaines de canons d’artillerie tractés de 155 mm et des dizaines de milliers d’obus. Les canons américains sont livrés avec un camion chacun pour les porter.

Tout cela est gérable jusqu’à présent, mais regardons maintenant la logistique (surtout sans chemins de fer)…

J’ai estimé que l’Ukraine n’a pas assez de camions pour remplacer la logistique ferroviaire, et cette logistique est en train de s’effondrer :

(Les forces armées russes ont frappé 7 sous-stations dans l’ouest de l’#Ukraine :
_ Zdolbunov (trains à l’arrêt dans la zone de Dubno, retard des trains vers Kovel),
_ Kazatin-2,
_ Krasnoye,
_ Podolskaya,
_ Sknilov,
_ Slavuta (mise hors service de toute la zone des stations Zdolbunov et Slavuta),
_ Fastov)

Chaque champignon correspond à une destruction.

Les attaques ont été confirmées :

(Le directeur des chemins de fer ukrainiens, Oleksandr Kamyshin, sur Telegram : « Les troupes russes continuent de détruire systématiquement l’infrastructure ferroviaire. Ce matin, en l’espace d’une heure, 5 gares du centre et de l’ouest de l’Ukraine ont été la cible de tirs. » 19 trains retardés ; nombre de blessés inconnu.)

Les « sous-stations » détruites par la Russie sont les stations électriques qui alimentent les voies ferrées électrifiées des grandes lignes.

(Une sous-station électrique à Krasne, près de Lviv, a été touchée par un missile russe plus tôt dans la journée. De nombreux dégâts ont été causés et un grand incendie s’est déclaré.)

Les sous-stations transforment de la haute tension en fonction des besoins du réseau ferroviaire. Sans les sous-stations, qui ne sont pas faciles à remplacer, la plupart des locomotives ukrainiennes ne fonctionneront pas.

Une partie du trafic se poursuivra en utilisant des locomotives diesel. Cependant, celles-ci sont relativement rares, comme l’explique la fiche Wikipédia sur les chemins de fer ukrainiens :

Nombre de locomotives – 1 944 (électriques – 1 627, diesel – 301)

Les locomotives diesel sont plus lentes que les locomotives électrifiées. Elles ont également besoin de beaucoup de diesel, qui est devenu rare en Ukraine et doit être importé par voie ferrée (!) de Slovénie.

Aucun apport de locomotives diesel supplémentaires provenant d’autres pays d’Europe de l’Est n’est possible. L’Ukraine a, comme la Russie, des voies à écartement large de 1 524 mm (5 pieds). La plupart des autres pays européens utilisent un écartement normal de 1 435 mm (4 pieds 8+1⁄2 pouces).

Pendant ce temps, les États-Unis ont annoncé un vague nouvel objectif pour leur guerre par procuration contre la Russie :

Le général Austin était en Pologne, répondant aux questions des journalistes après un bref voyage dimanche avec le Secrétaire d’État Antony Blinken à Kiev, où le duo a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky et d’autres responsables ukrainiens.

On a demandé au secrétaire à la défense comment il définissait « les objectifs de l’Amérique pour une victoire » en Ukraine. Il a d’abord dit que Washington voulait voir « l’Ukraine rester un pays souverain, un pays démocratique, capable de protéger son territoire souverain ».

Ensuite, a-t-il dit, les États-Unis espèrent que la Russie sera « affaiblie » par la guerre. « Elle a déjà perdu beaucoup de capacités militaires et nombre de ses troupes, très franchement, et nous voulons qu’elle ne soit pas en mesure de reproduire très rapidement ces capacités », a déclaré M. Austin.

S’exprimant dans un hangar en Pologne rempli de caisses d’aide humanitaire, dont des couches, destinées à l’Ukraine, les hauts responsables de l’administration Biden ont annoncé plus de 700 millions de dollars de nouvelle aide militaire à l’Ukraine et à d’autres pays, et ont déclaré que les États-Unis avaient l’intention de reprendre leurs opérations diplomatiques en Ukraine cette semaine.

Toutes ces couches, les armes et les munitions que les États-Unis et d’autres pays fournissent à l’Ukraine seront, pour l’essentiel, désormais coincées dans l’ouest de l’Ukraine, où elles pourriront jusqu’à ce qu’un astucieux oligarque ukrainien quelconque parvienne à les vendre à un pays tiers.

Les retombées des attaques ferroviaires toucheront également les chaînes d’approvisionnement civiles en Ukraine. Elles entraveront le trafic de passagers civils, notamment pour les personnes qui ont fui vers l’ouest et qui disposent désormais de moins de moyens de transport pour rentrer chez elles.

Depuis le début de la guerre, la Russie a intentionnellement évité de frapper les infrastructures civiles en Ukraine. Les réseaux d’électricité et de communication, ainsi que l’approvisionnement en eau sont tous restés intacts. (Dans leurs guerres récentes, ce sont les premières choses que les États-Unis détruisaient). Les attaques contre les chemins de fer ukrainiens ne sont devenues nécessaires que lorsque les États-Unis et d’autres pays ont fourni de plus en plus de matériel de guerre à l’Ukraine. La Russie ne permettra pas que ses troupes subissent le feu de ces armes nouvellement livrées.

Malgré les avertissements de la Russie à l’Ukraine de ne pas attaquer sur le sol russe, des groupes de sabotage ukrainiens semblent avoir un certain succès dans la destruction d’infrastructures russes :

(Grand incendie dans le dépôt pétrolier de #Druzhba dans la région russe de #Bryansk.
La Russie a déclaré qu’elle allait enquêter sur la cause d’un grand incendie qui s’est déclaré aux premières heures de la matinée dans un dépôt pétrolier de la ville de Briansk à 154 km au nord-est de la frontière avec l’Ukraine.)

C’est la deuxième grande installation de stockage de pétrole qui, ces dernières semaines, a été victime d’un tel accident ou d’une attaque potentielle. Il est toutefois peu probable que cela entrave les opérations russes. Contrairement à l’Ukraine, la Russie dispose de nombreuses raffineries, de réserves très importantes et elle peut transporter de grandes quantités de diesel par train dans tout le pays.

En plus de ses attaques contre l’infrastructure ferroviaire ukrainienne pour empêcher le réapprovisionnement « occidental », l’armée russe continue d’affaiblir les lignes de défense ukrainiennes le long du front du Donbass. Voici un extrait de la « liste des coups portés » publiée hier matin par le ministère russe de la Défense :

Des armes à longue portée de haute précision basées sur la mer et l’air ont détruit, dans la périphérie nord de Kremenchuk, les installations de production de carburant d’une raffinerie de pétrole, ainsi que les installations de stockage de produits pétroliers destinés à l’équipement militaire des troupes ukrainiennes.

Pendant la nuit, 6 actifs ennemis ont été touchés par des missiles de haute précision air-air. Parmi eux : 3 points forts et zones de concentration de main-d’œuvre et d’équipement militaire, ainsi que 3 dépôts de munitions à Barvenkovo et Novaya Dmitrovka, dans la région de Kharkov.

L’aviation opérationnelle-tactique et l’aviation militaire des forces aérospatiales russes ont frappé 56 actifs militaires ukrainiens. Parmi eux : 2 postes de commandement et 53 zones de concentration de main-d’œuvre et d’équipements militaires, ainsi qu’une installation de stockage de carburant près de Novaya Dmitrovka.

Les unités de missiles ont effectué 19 frappes pendant la nuit. Détruits : 4 postes de commandement des nationalistes, dont la 81e brigade séparée d’assaut aéroportée et la 110e brigade de défense territoriale, et trois dépôts de munitions. 21 zones de concentration de main-d’œuvre et d’équipements militaires ukrainiens ont été touchées.

Les unités d’artillerie ont effectué 967 missions de tir au cours de la journée. Détruit : 33 postes de commandement, 929 points forts, des zones de concentration d’hommes et de matériel militaire, ainsi que 5 dépôts de missiles, d’armes d’artillerie et de munitions.

La défense aérienne russe a abattu 13 drones ukrainiens près de Mezhurino, Balakleya, Borodoyarkoe, Nevskoe dans la région de Kharkov et Vysokoe et Chernobaevka dans la région de Kherson.

En outre, le système de canons et de missiles anti-aériens Pantsir-S a abattu un missile Tochka-U ukrainien et 18 roquettes d’un système de roquettes à lancement multiple au-dessus de Chernobaeka.

Depuis que la phase 2 de la guerre a commencé la semaine dernière, il n’y a pas eu de grandes batailles. Ce que nous avons vu jusqu’à présent du côté russe ne représente pas beaucoup plus que de la reconnaissance.

Les quelque 1 000 missions d’artillerie effectuées ces jours précédents témoignent d’une préparation intense à des attaques des forces mécanisées russes à venir. Dans l’ensemble, c’est l’artillerie qui fera le plus de dégâts contre les troupes ukrainiennes. Au cours de la Seconde Guerre mondiale et d’autres guerres mécanisées modernes, quelque 65 % de toutes les pertes ont été causées par des frappes d’artillerie. Le taux, du côté ukrainien, sera probablement plus élevé.

J’ai dit il y a plusieurs semaines que l’Ukraine n’avait aucune chance de gagner cette guerre. Elle perd de plus en plus de personnes et son économie a presque cessé d’exister.

Mais les États-Unis veulent « affaiblir » la Russie en la combattant jusqu’au dernier Ukrainien. Le président ukrainien Zelensky est manifestement prêt à suivre ce programme. Il devrait plutôt accepter les conditions de paix raisonnables de la Russie. Il est en train de détruire l’Ukraine en ne le faisant pas.

Un article de Politico sur la situation en Ukraine le confirme :

Des armes lourdes affluent en Ukraine, alors que les commandants sont de plus en plus désespérés

Les pays occidentaux envoient des armes lourdes à l’Ukraine alors que la guerre entre dans ce qui promet d’être une nouvelle phase létale, et potentiellement prolongée.

Ces livraisons interviennent alors que les commandants des champs de bataille ukrainiens lancent des appels de plus en plus désespérés, alors qu’ils subissent des tirs d’artillerie et de roquettes russes qui pourraient durer des semaines, voire des mois.

Voici une vision réaliste de ce à quoi la guerre ressemble sur le terrain :

À 80 km au nord de Marioupol, le lieutenant Ivan Skuratovsky, qui sert dans la 25e brigade aéroportée, a déclaré à POLITICO que l’aide doit arriver immédiatement.

« La situation est très mauvaise, [les forces russes] utilisent la tactique de la terre brûlée », a déclaré par texto cet homme de 31 ans, marié et père de deux enfants. « Ils détruisent tout simplement tout avec l’artillerie, en bombardant jour et nuit », a-t-il ajouté par texto.

Il craint que si des renforts en hommes et en armes lourdes – en particulier un soutien aérien – n’arrivent pas dans les prochains jours, ses troupes pourraient se retrouver dans la même position que celles de Marioupol.

Skuratovsky décrit la situation de ses soldats comme « désespérée ».

« Je ne sais pas combien de force il nous reste », a-t-il déclaré, ajoutant que les troupes sous son commandement autour de la ville d’Avdiivka, près de Donetsk, n’ont pas connu de repos depuis le début de la guerre. Au moins 13 d’entre eux ont été blessés ces dernières semaines, a-t-il ajouté, et ils manquent dangereusement de munitions, et en sont réduits à rationner les balles.

La veille, il avait déclaré à POLITICO que ses soldats étaient bombardés « en même temps » par des obusiers, des mortiers et des systèmes de roquettes à lancement multiple russes. Quelques heures auparavant, dit-il, ils avaient été attaqués par deux avions de guerre Su-25, « et notre journée est devenue infernale. »

Skuratovsky avait un message pour les États-Unis et les autres pays de l’OTAN : « Je voudrais leur dire que des lance-grenades, c’est bien, mais contre les frappes aériennes et l’artillerie lourde, nous ne pourrons pas tenir longtemps. Les gens ne peuvent plus supporter les bombardements quotidiens. Nous avons besoin d’un soutien aérien maintenant. Nous avons besoin de drones ».

J’ai beaucoup de peine pour ces soldats et je tiens pour pleinement responsables leurs dirigeants, qui les ont poussés dans cette situation.

Alastair Crooke met en garde contre une escalade de l’ « Occident » lorsqu’il reconnaîtra enfin que sa guerre par procuration contre la Russie est perdue.

Une conviction selon laquelle la vision libérale européenne risque d’être humiliée et méprisée si Poutine venait à « gagner » s’est installée. Et dans le réseau Obama-Clinton-Deep State, il est inimaginable que Poutine et la Russie, toujours considérés comme l’auteur du Russiagate par de nombreux Américains, puissent l’emporter.

La logique de ce rébus est inexorable : l’escalade.

Pour Biden, dont la cote de popularité continue de chuter, un désastre est imminent lors des élections de mi-mandat de novembre.

La seule issue possible à ce cataclysme imminent serait que Biden tire un lapin du « chapeau » ukrainien (qui, à tout le moins, détournerait l’attention du public de l’inflation galopante). Les Néo-cons et l’État profond (mais pas le Pentagone) sont tous pour.

J’espère que Biden est encore suffisamment compétent pour reconnaître que toute escalade conduira à une guerre bien plus importante et, au final, à une défaite des forces « occidentales » bien pire que celle qui aura lieu en Ukraine.

Traduction Corinne Autey-Roussel

Note de la traduction : On peut ajouter à ce qui précède qu’avant même la toute récente destruction de l’alimentation électrique des voies ferrées ukrainiennes par les Russes, les USA ne savaient pas si leurs envois massifs d’armes arrivaient bien à leurs destinataires, s’ils étaient détruits, revendus ou s’ils se perdaient dans la nature. Article de CNN.

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