Le pacifisme n’est pas confortable

Personne n’est à l’abri de la propagande des grands médias – télévision, presse grand public, radio, etc. Leur puissance de feu est tout bonnement stupéfiante. D’où le fait que, vous comme moi croyons tous au moins une chose totalement fausse et même probablement plusieurs, parce qu’elle nous ont été martelées sans que nous pensions à les vérifier, ou sans que nous nous en donnions les moyens, souvent parce qu’il est beaucoup plus confortable d’y adhérer que de les examiner. C’est une erreur.

La lutte contre la propagande, autrement dit le mensonge et les manipulations, devrait être au centre de nos réflexions et débats, parce qu’elle est le socle de notre santé mentale collective.


Par Caitlin Johnstone
Paru sur Consortium News sous le titre Being Anti-War Isn’t Easy


En temps réel, la guerre semble toujours nécessaire du point de vue du courant dominant, et elle ne ressemble jamais à ces guerres précédentes dont on sait rétrospectivement qu’elles étaient des erreurs. 

Tout le monde est anti-guerre, jusqu’à ce que la propagande de guerre démarre. Personne ne se considère comme un belliciste, mais ensuite la machine de propagande se met en marche et, avant même de s’en rendre compte, les gens débitent les slogans qu’ils ont été programmés pour débiter, brandissent les drapeaux qu’ils ont été programmés pour brandir et consentent à tout ce que la machine de guerre impériale requiert à ce moment-là.

Pratiquement tout le monde vous dira qu’il aime la paix et qu’il déteste la guerre, si on leur pose la question ; la guerre est la pire chose au monde et aucune personne saine d’esprit n’aime y penser. Mais lorsque le moment est venu de s’opposer à la guerre et de faire pression en faveur de la paix, ceux qui s’étaient auparavant proclamés « anti-guerre » se retrouvent de l’autre côté, à hurler pour que davantage d’armes soient déversées dans une guerre par procuration que leur gouvernement a délibérément provoquée.

C’est parce que la théorie du pacifisme est très différente de la pratique. En théorie, les gens sont simplement opposés à l’idée de bombarder d’autres personnes sans raison valable. En pratique, ils sont toujours frappés par un feu nourri de messages médiatiques leur donnant ce qui semble être de très bonnes raisons pour lesquelles ces personnes doivent être bombardées.

Être véritablement anti-guerre n’est pas confortable. Ce n’est pas ce que les gens imaginent. Il s’agit plutôt de se faire assaillir par un déluge d’informations conçues pour manipuler et brouiller les pistes, et de travailler à démêler le vrai du faux, tout en se faisant insulter par ceux qui sont tombés dans le piège du lavage de cerveau. Ce n’est pas mignon. Ce n’est pas drôle.

Ce n’est pas de « Flower Power » que nous parlons

Ce ne sont pas des bons sentiments confortables de type « flower power » que chacun doit trouver en soi quand il se penche sur la part de lui-même qui recherche la paix. Il s’agit de s’opposer fermement à la machine de propagande la plus sophistiquée qui ait jamais existé, tout en se voyant offrir toutes les raisons de ne pas le faire.

Lorsque les gens se considèrent « anti-guerre », ils s’imaginent généralement qu’ils sont contre une autre guerre en Irak ou contre un président théorique de type hitlérien qui déclencherait une guerre parce qu’il aime tuer des gens. Ils ne se représentent pas la réalité de ce qu’est le pacifisme dans la pratique.

Parce que vendre la guerre au public est une composante intégrée de toute stratégie de guerre, la guerre semble toujours nécessaire du point de vue du courant dominant, et elle ne ressemble jamais à ces autres guerres dont nous savons rétrospectivement qu’elles étaient des erreurs. Elle est toujours conçue pour paraître attractive.

Il y aura toujours de la propagande sur des supposées atrocités. Il y aura toujours des raisons pour lesquelles on vous vendra cette intervention militaire comme unique et totalement nécessaire. Ce sera le cas à chaque fois, car c’est ainsi que les guerres modernes sont présentées et emballées.

C’est pourquoi vous verrez toujours un certain nombre de personnes se décrivant comme des gauchistes et des anti-impérialistes applaudir le dernier projet de guerre en date des États-Unis. Ils sont idéologiquement opposés à l’idée de la guerre en théorie, mais la façon dont elle se manifeste en pratique est toujours différente de ce qu’ils imaginaient.

Façonnée par la propagande

Toute notre civilisation est façonnée par la propagande, mais la seule fois où vous entendez ce mot dans le discours dominant, c’est lorsqu’il est utilisé pour dénoncer l’influence quasi inexistante, en comparaison, de la propagande russe sur notre société.

Toutes les sonneries d’alarme du courant dominant au sujet de la propagande russe donnent l’impression qu’elle représente près de 100 % de la propagande totale consommée par les Occidentaux, alors qu’en réalité, elle ne représente qu’une infime fraction, 1 % de la propagande totale consommée par les Occidentaux. La quasi-totalité de cette propagande provient de sources occidentales.

Voir aussi Propaganda – La fabrique du consentement, documentaire ARTE (2018)

La propagande est l’aspect le plus négligé et le plus sous-estimé de notre société. Elle a beaucoup plus d’influence sur la façon dont le public pense, agit et vote que n’importe lequel de nos mécanismes officiels. Pourtant, on en parle à peine, elle n’est pas enseignée dans les écoles, et même les meilleures idéologies politiques l’abordent à peine par rapport à leurs autres domaines d’intérêt.

« La propagande est l’aspect le plus négligé et le plus sous-estimé de notre société. »

Les inquiétudes des gestionnaires de la narration de l’Establishment à propos de la propagande russe révèlent presque leur secret : ils savent qu’il est possible de manipuler la façon dont le public pense, agit et vote en utilisant les médias. Ils n’admettent simplement pas que ce sont eux qui en sont coupables.

C’est en fait la chose la plus étrange du monde qu’il y ait quelque chose qui affecte directement nos esprits pendant toute notre vie, et qui affecte directement la façon dont notre société entière est organisée, mais dont nous ne parlons quasiment pas. Cela devrait être au premier plan et au centre de notre attention.

Mais bien sûr, c’est là tout le propos. La propagande ne fonctionne que sur ceux qui ne savent pas qu’ils sont « propagandés ». La capacité de l’empire centré sur les États-Unis [*] à cacher sa machine à propagande est un élément fondamental de son génie.

Être véritablement anti-guerre, c’est nécessairement s’engager à découvrir non seulement ce qui est vrai dans tous les récits pro-guerre actuellement promulgués par la machine de guerre impériale, mais aussi dans tous les récits que l’on vous a servis sur le monde depuis que vous êtes jeune. C’est un engagement envers la vérité qui prend une qualité presque spirituelle dans la façon dont il informe tous les aspects de votre vie, lorsqu’il est vraiment adopté.

Des croyances à réexaminer

Il est important de faire des recherches et d’apprendre de nouvelles choses sur le monde, mais ce qui est tout aussi important et sur lequel on n’insiste pas assez, c’est la pratique consistant à réexaminer les croyances que vous avez déjà sur votre société, votre gouvernement, votre nation et votre monde. Il faut se demander si elles sont vraies, et qui pourrait bénéficier de votre croyance.

Ne commettez pas l’erreur de croire que vous serez suffisamment conscient et informé pour repérer immédiatement tous les mensonges. Vous avez affaire à la machine de propagande la plus pointue et la plus puissante qui ait jamais existé, et vous avez baigné dans ses effets toute votre vie. Cela prend du temps.

Même les plus conscients d’entre nous ont été endoctrinés dans la vision du monde dominante depuis petits, et jusqu’à ce jour, la plupart des informations qu’ils obtiennent sur le monde ont certaines de leurs racines et branches dans la matrice de propagande.

Il faut travailler pour voir les choses assez clairement pour se forger une vision du monde fondée sur la vérité. Mais à moins que vous ne fassiez cela, il est impossible d’être vraiment anti-guerre, car vous ne pouvez pas vous opposer efficacement à quelque chose que vous ne comprenez pas. Combattre la machine de guerre impériale, c’est d’abord combattre la machine de propagande impériale.

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel
Photo Gerd Altmann / Pixabay

[*] Note de la traduction : Caitlin Johnstone appelle « empire centré sur les Etats-Unis » toute leur zone d’influence, ce que les puissances occidentales appellent sans rire « la communauté internationale ».

La « communauté internationale » en question. 

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