Emmenées par l’Amérique titubant vers l’abîme, la Suède et la Finlande rejoignent l’OTAN

Par la rédaction
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre Sweden, Finland Joining NATO… Another U.S.-Led Lurch Towards Abyss 


Les dirigeants politiques américains et leurs laquais européens ressemblent à un ivrogne au volant d’un bus plein de gens fonçant vers le bord d’une falaise.

La récente décision prise par la Finlande et la Suède d’adhérer à l’alliance militaire de l’OTAN est une nouvelle escalade irresponsable dans la guerre par procuration menée par les États-Unis contre la Russie.

Ce n’est pas une coïncidence si les dirigeants nordiques ont été accueillis par le président américain Joe Biden lors d’une conférence de presse conjointe, au moment même où le Congrès américain approuvait un programme d’aide à l’Ukraine d’un montant de 40 milliards de dollars, essentiellement militaire. (À ce jour, l’administration Biden a injecté 54 milliards de dollars en Ukraine au cours des deux derniers mois. La majeure partie de ce capital correspond à des armes).

L’ensemble de ces développements indique clairement que l’administration Biden s’enferre dans son programme de guerre contre la Russie. Il s’agit d’une démarche incroyablement irresponsable et incendiaire de la part de Washington et de ses alliés transatlantiques en Europe, qui pousse le conflit avec la Russie vers une guerre totale. Cela signifierait inévitablement une guerre mondiale impliquant des armes nucléaires, ce qui pourrait entraîner la destruction de la planète entière.

L’administration Biden et les « establishments » politiques américains et européens ont manifestement renoncé à tout effort diplomatique visant à résoudre les problèmes historiques de sécurité en Europe. La guerre actuelle en Ukraine n’est qu’une manifestation de ces problèmes de sécurité. Au cours de l’année écoulée, la Russie n’a cessé de réclamer un accord de sécurité mutuelle avec le bloc de l’OTAN dirigé par les États-Unis. Plus précisément, Moscou a demandé que l’Ukraine et d’autres anciennes républiques soviétiques ne puissent pas rejoindre l’alliance militaire atlantique. La position de Moscou était conforme aux principes de sécurité collective que les puissances de l’OTAN avaient approuvés par le passé.

Lorsque le régime de Kiev, soutenu par l’OTAN, et les États-Unis ont rejeté catégoriquement les appels de la Russie en faveur d’une architecture de sécurité mutuelle, et compte tenu de l’intensification des attaques contre le peuple russe dans le Donbass, Moscou n’a pas eu d’autre choix que d’intervenir en Ukraine. Le fait que l’armée ukrainienne soit dominée par des régiments affiliés aux nazis démontre de manière éloquente la mentalité belliqueuse de Washington et des autres parrains de l’OTAN du régime de Kiev. L’opération militaire spéciale de la Russie a réussi à sécuriser une grande partie du Donbass et à apporter la paix à ses habitants, qui enduraient depuis longtemps la violence des escadrons de la mort nazis ukrainiens. Voir notre interview de cette semaine avec Russell Bentley [pour les anglophones, NdT]. La libération de Marioupol est une réussite majeure des forces russes. La reddition finale, cette semaine, de plus de 1 900 nazis appartenant au bataillon Azov, dans l’aciérie Azovstal de Marioupol, est une victoire éclatante. Et il est révélateur que les médias occidentaux aient discrètement déploré cette défaite.

L’opération militaire russe en Ukraine – lancée le 24 février par le président Vladimir Poutine – est entrée dans son quatrième mois. Moscou fait pression pour un règlement négocié, mais le régime de Kiev est contrôlé par Washington, Londres et d’autres puissances de l’OTAN. Ces puissances ne veulent manifestement pas voir le conflit prendre fin de sitôt. Elles veulent lancer une guerre par procuration prolongée contre la Russie, dans leur croyance malavisée, voire malveillante, selon laquelle une telle guerre usera sérieusement la Russie et son peuple. Biden a déjà laissé entendre que l’objectif de l’OTAN dirigée par les États-Unis est un « changement de régime » à Moscou.

Le fait est que tout ce chaos, cette souffrance et cette destruction auraient pu être évités si les appels diplomatiques de la Russie en faveur d’une architecture de sécurité négociée avec l’OTAN avaient été écoutés dès le départ.

Pourquoi ne l’ont-ils pas été ?

Évidemment, parce que l’axe transatlantique dirigé par les États-Unis repose – irrévocablement – sur la confrontation avec la Russie. La continuité de facto avec la Guerre froide contre l’Union Soviétique existe et doit être maintenue à tout prix. L’ambition américaine d’hégémonie sur l’Europe et le monde en général, ainsi que le fonctionnement essentiel de son économie capitaliste militarisée, dépendent tous de manière cruciale du maintien du conflit avec la Russie. Il en va de même pour les relations américaines avec son autre rival perçu comme tel, la Chine. Ou, en fait, avec toute autre nation qui ne se subordonne pas à la puissance impériale américaine. On peut parier sa vie sur le fait que si la Russie était d’une manière ou d’une autre intimidée par les exigences américaines, l’étape suivante serait une intensification de l’agression de Washington contre la Chine, et ainsi de suite.

Le pouvoir impérial américain et les élites de ses satellites européens dépendent de la géopolitique de la Guerre froide. Le monde doit être découpé et délimité en camps rivaux « alliés et ennemis » afin de donner aux États-Unis une couverture pour leur domination impérialiste. La géopolitique de Washington s’apparente en réalité au modus operandi d’un syndicat du crime.

Sur un plan, les États-Unis et leurs acolytes transatlantiques ont réussi, du moins jusqu’à présent. Les relations avec la Russie n’ont jamais été aussi polarisées et empoisonnées. La Russie – le plus grand pays du continent européen – est considérée comme un paria par les dirigeants politiques occidentaux et leur machine de propagande médiatique. Les anciennes relations de bon voisinage ont été saccagées. La position naturelle de la Russie en tant que fournisseur d’énergie de choix pour le reste de l’Europe a été gravement compromise. Bien entendu, cela convient parfaitement au programme d’hégémonie des États-Unis sur l’Europe. La confrontation guerrière est exactement ce que les Américains veulent, pour sauver le capitalisme américain déclinant et de plus en plus proche de la faillite.

L’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’alliance de l’OTAN dirigée par les États-Unis est un coup de pouce à court terme pour les Atlantistes. Les deux pays nordiques ont été officiellement non alignés pendant huit décennies, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’était dû, en partie, à la déférence prudente des États-Unis à l’égard des préoccupations de sécurité soviétiques.

La Russie a mis en garde à plusieurs reprises contre l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’alliance militaire américaine. Si leur demande est approuvée par les 30 membres actuels de l’OTAN, l’alliance doublera immédiatement sa frontière avec le territoire russe. Moscou a déjà déclaré qu’elle répondrait à cette menace par des « mesures militaro-techniques ». En d’autres termes, les tensions sécuritaires sans précédent et l’impact sur l’économie mondiale que le monde a connus ces derniers mois vont s’intensifier.

Il semble clair que Washington a fait pression sur la Finlande et la Suède pour qu’elles rejoignent le bloc de l’OTAN, depuis des mois avant avant le conflit en Ukraine. Ce dernier n’est pas la cause de la manœuvre nordique. Les États-Unis harcèlent les Scandinaves depuis longtemps. L’ordre du jour est constitué par les ambitions géopolitiques sous-jacentes de l’hégémonisme américain sur l’Europe et, peut-être de manière tout aussi aussi importante, par la course au contrôle des vastes ressources naturelles de l’Arctique. [*] Il est significatif que, si la Finlande et la Suède vont jusqu’au bout de leur demande, le Conseil des nations de l’Arctique serait dominé par des pays-membres de l’OTAN.

Biden veut accélérer le processus de candidature, d’où ses récentes flatteries envers les dirigeants finlandais et suédois. Toutefois, pour que le processus aboutisse, il doit être approuvé à l’unanimité par les 30 membres de l’OTAN. La Turquie et la Croatie ont exprimé leur désapprobation. Ankara accuse les pays scandinaves d’être indulgents envers les séparatistes kurdes. On peut être sûrs que Washington fera monter la pression et le chantage pour imposer ses souhaits.

Dans l’ensemble, l’octroi d’une aide militaire pour soutenir un régime nazi à Kiev, avec sa haine irrationnelle de la Russie, ainsi que l’adhésion irréfléchie de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, indiquent une direction de guerre à sens unique contre la Russie. L’establishment politique américain et ses laquais européens ressemblent à un ivrogne au volant d’un bus plein de gens, fonçant vers le bord d’une falaise.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration 95C / Pixabay

[*] Note de la traduction : Effectivement, grâce ou à cause du réchauffement climatique, et même si leur exploitation reste plus onéreuse que la normale, les ressources naturelles de l’Arctique sont désormais accessibles. Cela a déclenché une « course à l’Arctique » (lien en français). De plus, et peut-être encore plus important, la nouvelle Route de la soie chinoise peut emprunter les voies maritimes polaires, toujours grâce au réchauffement qui les a ouvertes. Or, c’est un développement de la capacité marchande de la Chine que les USA veulent circonvenir à n’importe quel prix ; d’où leur volonté de « fermer » l’Arctique, autant que faire se peut, en le mettant sous contrôle de l’OTAN.

Voir nos articles :

La guerre pour l’Arctique aura-t-elle lieu ? 2019

Géopolitique : les USA tentent de stopper la nouvelle Route de la soie arctique, 2020

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