Un monde sens dessus dessous, à qui la faute ?

Pour démarrer la semaine, un coup de gueule bien senti. Le système capitaliste néolibéral centré sur les USA – dont la France fait partie – est en train de s’effondrer, tout le monde en convient. Mais le biais de normalité qui règne en ce moment dans les médias interdit d’évoquer ce fait. Les affaires (élections, actus politiques, scandales et polémiques à répétition) s’enchaînent et suivent leur cours comme si de rien n’était : chacun regarde ailleurs. Mais tourner le dos aux questions qui fâchent et s’enfermer dans une sorte de métavers médiatico-social ne change rien aux réalités de terrain du monde. Tout ça, vous le savez déjà. Mais, et la suite ? Que va-t-il se passer pour nous tous après ? Il serait temps, pour chacun d’entre nous, de commencer à nous demander sérieusement quel système économique nous voulons bâtir pour succéder à celui-ci, quand sa corruption, son incapacité à prendre en charge les défis et problèmes des sociétés où il est implanté, et les mécontentements grandissants que ses défaillances et ses prédations lui valent dans le monde entier auront fini de le tuer.


Editorial paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre A World in Turmoil – Who Is to Blame?


Un monde meilleur est incompatible, voire impossible sous le joug du dysfonctionnement et de la destruction du capitalisme dirigé par les États-Unis.

Chacun s’accorde généralement à dire que le monde traverse une période tumultueuse. Les remous immédiats proviennent de l’impact économique mondial de l’inflation galopante des prix des biens de consommation de base. L’insécurité alimentaire et la faim qui touchent des milliards de personnes sur notre planète constituent une préoccupation prioritaire, et pas seulement pour les nations considérées comme à faible revenu et sous-développées. La pauvreté a atteint des niveaux record dans les pays dits « riches », où de nombreux citoyens ont du mal à nourrir leur famille.

Tout ceci exprime et dénonce l’échec historique du système économique occidental. Le système du profit privé au détriment des besoins humains est de plus en plus largement considéré comme totalement inadapté et obsolète. En outre, il est de plus en plus perçu comme soumettant délibérément des gens à la pauvreté et à des crises, ce qui le rend d’autant plus condamnable. Le capitalisme des grandes entreprises a créé les terribles problèmes auxquels la planète est confrontée, et il les exacerbe au lieu de les résoudre. Ce système lui-même doit être rejeté au profit d’un système plus démocratique, plus durable et plus efficace pour répondre aux besoins humains.

Mais en plus des défaillances économiques inhérentes au système occidental, nous devrions ajouter l’échec abject de la politique fondée sur l’idéologie.
La crise économique croissante actuelle a été intensifiée par des choix politiques spécifiques faits par des gouvernements contrôlés par des grandes entreprises et leurs bureaucrates non élus et surpayés.

De façon risible, les dirigeants occidentaux ont cherché à rejeter la faute sur la Russie.

Le président américain Joe Biden a même donné à l’inflation le nom du dirigeant russe Vladimir Poutine. Biden qualifie la montée en flèche des prix à la consommation de « hausse des prix de Poutine ». Il s’agit d’une distribution de mauvais points ridicule, auquel les Américains et les autres citoyens occidentaux n’adhèrent pas. Ils n’y adhèrent pas pour une bonne raison : parce que c’est de la foutaise.

Il est évident que les États-Unis sont assis sur une bombe à retardement inflationniste depuis plusieurs années, en raison de leurs politiques fiscales d’impression monétaire sans fin, et de l’abus des privilèges mondiaux du dollar utilisé comme principale monnaie de réserve. L’empilement incessant de la dette nationale américaine (qui s’élève aujourd’hui à près de 30 000 milliards de dollars et augmente à chaque seconde) et les excès de subventions aux entreprises, aux banques et aux milliardaires ont conduit au chaos social dû à des inégalités grotesques et à la pauvreté. Le même processus de dégénérescence du capitalisme néolibéral est observé en Europe.

Mais aux problèmes que l’Europe s’est auto-infligée s’ajoute le sabotage délibéré de ses relations énergétiques avec la Russie – sur ordre de Washington.

L’Union européenne est confrontée à un maelström inflationniste, en grande partie à cause de la flambée des prix de l’énergie. Cette situation résulte de l’autodestruction de ses échanges énergétiques avec la Russie, partenaire de longue date du continent. Le think tank Bruegel, basé à Bruxelles, a récemment noté que l’inflation générale des prix « touche l’Europe beaucoup plus que les États-Unis, parce que nous dépendons beaucoup plus de la Russie ».

Les décisions de sanctionner la Russie par les États-Unis et l’Europe sont idéologiques. Ces décisions sont prises par une classe politique qui ne se soucie pas de leur impact sur leurs sociétés. En bref, il s’agit de mauvaise gestion de la part d’une élite non démocratique. Rejeter ensuite la faute sur la Russie est une forme méprisable de déni de ses propres méfaits.

Les cliques dirigeantes occidentales (« gouvernements » est un terme trop poli) ont imposé des sanctions illégales à la Russie dans le but d’étrangler l’économie de ce pays. Cette guerre économique a porté atteinte à la capacité de la Russie à fournir au monde ses abondantes matières premières énergétiques, ainsi que son abondant approvisionnement en céréales et en engrais minéraux. Tout cela a eu pour effet prévisible d’exacerber l’inflation pour les consommateurs. Cela aurait dû être évident, étant donné l’interconnexion hautement visible de l’économie mondiale évidemment interconnectée. Pourtant, soit les « élites » occidentales n’avaient pas prévu les conséquences de leurs politiques hostiles, soit elles feignent l’ignorance en essayant maintenant d’accuser la Russie.

Mettons un instant à l’épreuve les opinions des dirigeants non élus de l’Union européenne, Charles Michel et Ursula Von Der Leyen. Le premier est le président du Conseil européen, qui a accusé la Russie d’utiliser « la nourriture comme une arme ». Alors que Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a eu l’audace d’affirmer que « le Kremlin utilise la nourriture comme élément d’un arsenal terroriste ».

Washington et ses vassaux européens font de l’intervention militaire de la Russie en Ukraine le bouc émissaire des maux du monde. Plus précisément, les élites occidentales tentent de faire croire que ce conflit a créé des pénuries critiques de blé et d’autres céréales de base. La Russie est accusée de bloquer les ports maritimes ukrainiens. La réalité est que le régime de Kiev, soutenu par l’OTAN, a bloqué la navigation en posant des mines explosives le long de ses côtes et de ses ports. Kiev refuse de déminer les voies maritimes pour la navigation civile. [*] En outre, si le régime ukrainien voulait exporter ses céréales, il pourrait le faire de manière économique par des voies terrestres vers le Belarus. Toutefois, cette option est exclue car l’UE a imposé des sanctions au Belarus, comme elle l’a fait pour la Russie. Nous voyons ici une autre manifestation de politiques autodestructrices.

Il est totalement absurde d’accuser la Russie d’être responsable de la crise économique mondiale et, en particulier, de la crise alimentaire qui s’annonce. La guerre en Ukraine aurait pu être évitée si les États-Unis et leurs partenaires de l’OTAN avaient simplement échangé avec la Russie, dans le cadre d’une diplomatie rationnelle, pour répondre à des préoccupations de sécurité justifiées. Les Américains et leurs substituts européens ont rejeté toute diplomatie de ce type, car leur agenda est guidé par leur hostilité et des ambitions hégémoniques douteuses. En tout état de cause, le conflit en Ukraine n’est qu’un aspect d’un effondrement général découlant des défaillances chroniques de l’Occident.

Le malaise mondial actuel a une cause spécifique qui prend racine dans le système économique occidental et son bellicisme impérialiste contre la Russie, ainsi que d’autres pays irrationnellement désignés comme ennemis, en premier lieu la Chine mais aussi l’Iran, le Venezuela, la Syrie, la Corée du Nord, Cuba et le Nicaragua, entre autres. La désignation même d’ « ennemis » n’est-elle pas en soi une preuve de l’absurdité et de l’illégitimité des régimes impérialistes occidentaux ?

Le témoignage le plus accablant de la corruption et de la mauvaise gestion est certainement les vastes ressources (d’innombrables milliards de dollars et d’euros) actuellement gaspillées en armes par Washington et ses vassaux européens pour soutenir un régime infesté de nazis en Ukraine. Les conséquences ne se limitent pas à des troubles économiques et à de la faim dans le monde. Le capitalisme occidental conduit le monde à la guerre et peut-être à une conflagration nucléaire.

Un monde différent est possible et peut être réalisé dans la pratique, un monde de relations pacifiques, humaines et fraternelles. Mais un tel monde meilleur est incompatible, voire impossible sous le joug du dysfonctionnement et de la destruction du capitalisme dirigé par les États-Unis. La vérité se dévoile aux yeux du monde entier, et aucun mensonge ni bouc émissaire de l’ « élite » occidentale ne peuvent plus la dissimuler.

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel
Photo Suresh Babu Guddanti / Pixabay

[*]  Note de la traduction : L’Ukraine refuse de déminer ses ports sur la mer Noire, notamment Odessa, au prétexte que, dès qu’il n’y aurait plus de mines, la Russie enverrait des navires pour attaquer ces ports par la mer.

1 réponse

  1. 14 juin 2022

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